SCÈNE XXII
LES précédents; LE COMTE.
JULIETTE, à son père, qui s'avance lentement en les regardant tous.
Eh bien , mon père! le marquis d'Aveiro?
LE COMTE
Je le quitte à l'instant.
JULIETTE
Vous venez sans doute chercher son fils pour le conduire dans ses bras.
LE COMTE
Je le voudrais; mais il n'y a qu'une petite difficulté, c'est que le marquis d'Aveiro n'a jamais eu de fils.
JULIETTE, regardant Frédéric.
Comment ?
SAINT-JEAN , à part.
De mieux en mieux.
FRÉDÉRIC, à part.
Quel supplice !
ZANETTA
Ah çà ! il parait que le père n'aime donc pas Frédéric.
LE COMTE , à Frédéric.
C'est vous dire assez, monsieur, que, si j'ignore encore qui vous êtes, et les moyens que vous avez employés pour me tromper, je me doute du moins du molif qui vous a conduit chez moi ; et pour que vous perdiez tout espoir, pour que vous renonciez à jamais à la main de Juliette, je vous apprendrai que, cédant aux sollicitations du marquis d'Aveiro , je marie ma fille au fils d'un de ses amis.
JULIETTE et FRÉDÉRIC.
0 ciel !
LE COMTE
Oui , monsieur ; si mon gendre a le tort à mes yeux de ne pas être Espagnol , c'est du moins un homme estimable, un Français plein d'honneur et de franchise , qui vient d'être nommé secrétaire d'ambassade à Madrid; et ce gendre, dont le nom seul va déjouer tous vos projets, c'est le fils du baron de Cernay. FRÉDÉRIC , se jetant à ses genoux.
Ah! quel bonheur!
LE COMTE, JULIETTE et ZANETTA.
Eh bien ; qu'est-ce qu'il a donc?
FRÉDÉRIC
C'est moi-même , vous le voyez à vos pieds; apprenez...
LE COMTE
A d'autres , monsieur ! on ne me trompe plus ainsi.
FRÉDÉRIC
Non, cette fois je vous jure que c'est la vérité ; je suis Frédéric de Cernay.
SAINT-JEAN
Je l'affirme.
FRÉDÉRIC
Et le marquis d'Aveiro va vous l'attester.
Pardon, monsieur; mais je ne reconnais pas eu vous cette loyauté et cette franchise dont il me parlait.
FRÉDÉRIC
Moi , monsieur, je ne vous ai jamais trompé.
LE COMTE
Comment , monsieur ! quand vous vous introduisez dans ma maison...