‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 374 sur 414 · ACTE PREMIER, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCENE IV

SUZETTE, se cachant la figure avec la main.

Ah! monsieur, que me dites-vous là?

EDOUARD

D'abord, je l'avoue, j'ai cherché à me faire aimer de toi ; puis j'ai rougi de mes projets : j'ai voulu te fuir, te traiter avec froideur, avec dureté, te parler comme un maître ; mais ta bonté et ta douceur m'ont toujours désarmé, et ce qui a achevé de renverser toutes mes idées, toutes mes résolutions, c'est que cet amour qui me dévorait, il m'a été facile , depuis quelque temps, de voir que tu le partageais.

SUZETTE, naïvement.

C'est vrai.

Tu m'aimes donc, maintenant?

SUZETTE

Maintenant ! non, ça a toujours été de même ; mais c'est depuis quelque temps seulement que je m'en suis aperçue.

EDOUARD

Grand Dieu !

SUZETTE

Mais vous, monsieur Edouard, vous ne devez pas le savoir; vous devez l'ignorer. Obtenez de votre père que je quitte ces lieux, que je m'en aille.

EDOUARD

Tu veux quitter ces lieux !

SUZETTE

Oui; je ne puis pas y vivre, je souffre trop; tout m'y rappelle les bienfaits de votre mère ; votre état, le mien, et la distauce qui nous sépare; et jugez, monsieur, jugez des tourments que j'éprouve, lorsque je vous dirai qu'hier, pendant ce bal, de la première pièce , dont les portes étaient ouvertes, je vous ai vu, dans ce salon qui m'est interdit, je vous ai vu toute la soirée danser avec mademoiselle de Luceval.

EDOUARD

C'est mon père qui me l'avait ordonné.

SUZETTE

Parce qu'il veut vous marier avec elle : je n'en pais douter, j'en suis sûre.

EDOUARD

Qui te l'a dit ? où l'as- tu vu ?

SUZETTE, montrant son cœur.

Là. Il est des pressentiments qui ne trompent jamais.

EDOUARD

Et moi je jure que jamais je ne consentirai à une pareille union , ou plutôt il est un moyen de te rassurer et de la rendre impossible.

SUZETTE

Quel est-il ?

EDOUARD

Ce n'est ici ni le lieu ni le moment de te confier mes projets. Voici l'heure où l'on descend dans le salon, et l'on peut nous surprendre. Mais tantôt, après le déjeuner, ils partent tous pour la chasse , mon père ainsi que ces dames. Moi , grâce à mon indisposition, il me sera permis de rester. Nous serons seuls dans la maison, je t'attendrai ici.

SUZETTE

Seule... ici... avec vous? Non, Edouard, ce ne serait pas bien; je ne le puis.

EDOUARD

Tu a eux donc encore ajouter à mes maux ! tu veux me voir mourir, et en être la cause !

SUZETTE

Oue me dites-vous là? moi vouloir votre mort ! c'est mal à vous d'employer un tel moyen pour me décider. Vous êtes le fils de ma bienfaitrice, vous ne pouvez pas me tromper : je viendrai.

EDOUARD , lui prenant la main.

Ah ! je suis trop heureux !

SIZETTE, apercevant 91. de Bremont, qui entre par le fond. Ciel! monsieur le comte!

(Elie va auprès du guéridon à gauche, comme pour y ranger quelque chose. )

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