SCÈNE XI
m. de RREMONT, SUZETT E.
M. DE RREMONT.
Ainsi, et pour la première fois de sa vie, mon (ils me désobéit. Vous voyez, Suzetle, ce dont vous êtes cause.
Oui , monsieur , je vois que j'ai apporté le trouble et le désordre dans celte maison , où je n'ai reçu que des bienfaits. Mais je ne souffrirai pas que votre fils s'éloigne ; je ne veux pas que pour moi vous soyez privé de sa présence et de sa tendresse. Qu'il reste dans la maison paternelle, et moi, monsieur, chassez-moi.
M. DE RREMONT.
Et où iras-tu? Non , Suzette, non mon enfant , je ne suis point injuste ; si tu as des torts , ils sont involontaires ; et ta conduite de ce matin , la franchise de tes aveux , suffiraient pour me les faire
oublier. Je te dirai plus , je t'estime , je t'aime , et je recounais eu toi des qualités et des vertus que je voudrais voir dans la femme de mon fils. Mais je n'ai pas besoin d'ajouter qu'une pareille union est impossible, non parce que je suis noble et que tu ne l'es pas, ma noblesse date d'hier, et je ne la dois qu'à mon épée, mais je parle pour ton bonheur, pour celui d'Edouard. 11 est des convenances qu'on doit respecter , et la société se venge sur ceux qui osent les braver. Si mon fils épousait la femme de chambre de sa mère , dans ce monde où il voudrait t'introduire l'opinion te repousserait , lui-même s'en apercevrait. C'est dans toi qu'Userait humilié, et bientôt il ne t'aimerait plus; car l'amourpropre est malheureusement le premier mobile de l'amour. Alors, dédaignée par le monde, abandonnée par ton mari , il ne te resterait que moi, ma fille , que moi, qui suis bien vieux, et qui ne te consolerais pas longtemps.
SIZETTE.
Oui, oui, vous avez raison , je serais bien malheureuse ; mais dussé-je l'être plus encore , qu'importe ? je serais à lui.
M. DE BREMO.NT, à part, la regardant avec compassion.
Pauvre enfant, c'est toujours le même langage; voilà comme j'étais. (Haut.) Tu l'aimes donc bien?
Plus que moi , plus que ma vie , mais non plus que mes devoirs.
M. DE BKEMGST.
Eh bien ! ce sont ces devoirs que j'invoque et que je te rappellerai. Orpheline, abandonnée de tous , tu allais périr quand ma femme t'a recueillie ; elle t'a élevée comme son enfant : mais bientôt sa tendresse inquiète s'alarma de l'attachement qu'Edouard le portait, et prévoyant à son lit de mort les malheurs de l'avenir, elle t'a écrit, et sa lettre , la voici.
SIZETTE.
Oui , c'est bien son écriture, et c'est à moi qu'elle s'adresse.
( Elle baise la lettre , l'ouvre , puis la lit tout bas avec émotion. ) 0 ciel !
ma bienfaitrice implore ma pitié ! elle me recommande voire bonheur et celui de son fils. ( Tombant aux pieds de M. de Brcmont.) Monsieur , je suis à vos pieds ; ordonnez de moi et de mon sort. M. DE BREMO.NT , la relevant.
Suzette , Suzelte, c'est moi qui te remercie ; ne parle plus de bienfaits , c'est moi qui suis maintenant ton débiteur.