‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 405 sur 414 · ACTE DEUXIÈME, SCÈNE VIU. w · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME, SCÈNE VIU. w

aussitôt. ) Bertrand est sous cette fenêtre , qui donne des ordres à des ouvriers.

BUZBTTE) montrant la porte du fond.

Eh bien ! descendez vite par cet escalier.

EDOUARD, entendant parler de dehors.

Impossible ! C'est la fermière , c'est madame Pinchon ! Que diable vient-elle faire ici ? Ne crains rien, Suzetle, je serai prudent. ( Il se cache derrière le paravent, et le referme sur lui. ) SUZETTE.

0 mon Dieu ! vous me punissez de l'avoir écouté. SCÈNE YIII.

EDOUARD, au fond, caché derrière le paravent; SUZETTE ,

MADAME PINCHON

MADAME PINCHON, en dehors, parlant à la cantonade.

Comment donc, messieurs, avec plaisir. Celte contredanse-là et les autres. Pour valser, c'est différent, impossible. Non pis que M. Pinchon soit jaloux ; mais je me dois à moi-même, je ne peu x pas me permettre... , parce qu'avec des jeunes gens de Paris la tète tourne si vite. ( Apercevant Suzette. ) Ah, cousine ! vous voilà ; que faites-vous donc seule ? Un jour de noce , cela n'est pas convenable. Est-ce que vous n'avez pas vu les apprêts du bal ?

SCZETTE, troublée.

Si , si vraiment.

MADAME PINCHON

Ce que vous ne savez pas, ou plutôt ce que tu ne sais pas, parce qu'entre cousines on peut se tutoyer, les dames du château y viendront , les jeunes gens aussi. Je suis invitée pour toutes les contredanses; et comme ce sera joli, des guirlandes de fleurs, un orchestre magnifique ! C'est Bertrand qui arrange tout cela ; il est partout , il se donne un mal qui le rend si heureux ! parce qu'avec lui , je le connais , ce sera toujours comme ça. Pour lui la peine , et pour toi le plaisir : et vois-tu, cousine, ce n'est pas parce qu'il est de ma famille, mais tu ne pouvais choisir un meilleur mari.

Sl'ZETTE, se tournant du côté du paravent.

Je le crois ; aussi je l'aime beaucoup.

MADAME PINCHON

C'est-à-dire, tu l'aimes... tu l'aimes... tu n'en es pas folle.

SIZETTE.

Que dites-vous ?

MADAME PîNCBON.

Tu ne l'aimes pas... d'amour ; c'est bien aisé à voir, el je m'en suis aperçue au premier coup d'œil ; mais il n'y a pas de mal , c'est ce qu'il faut : ça n'en ira que mieux.

SIZETTE.

Comment , madame Pinchon ?

Entre femmes , entre cousines , on peut tout se dire ; et je t'avouerai que moi aussi, quand je me suis mariée , je n'avais pas d'amour pour M. Pinchon. Oli ! mon Dieu , pas un- brin ; et d'un autre coté je ne manquais pas d'amoureux, et de bien gentils. Mais les amoureux , vois-tu bien , ça n'est que pour durer un instant ; les maris , ça dure toujours. Il faut donc , en fait d'çà , choisir du bon et du solide , parce qu'une fois pris , on ne peut plus en changer, et c'est ce que j'ai fait. M. Pinchon n'était pas un élégant, mais c'était un brave garçon; c'était surtout un bon caractère; j'ai son amour, sa confiance, c'est moi qui commande , qui ordonne, qui fais tout dans la maison ; chaque jour je me félicite d'avoir un si bon mari. Eh bien ! Bertrand vaut encore mieux , si c'est possible.

SIZETTE.

N'est-il pas vrai ?

MADAME PINCHON

11 a autant de bonnes qualités , et plus de mérite encore , plus de considération ; c'est un brave militaire, c'est l'honneur du pays, et jamais on ne s'aviserait de manquer à lui et aux siens. Faut voir seulement quand il passe dans le village, comme tout le monde met la main à son chapeau , eu disant : « C'est M. Bertrand. » Et l'autre jour, à la ville, où je lui donnais le bras, comme les factionnaires lui portaient les armes! comme j'étais fière , en disant : « C'est mon cousin ! » Eh bien ! toi , tu diras : « C'est mon mari ! » Et chez toi, dans ton intérieur, en voyant combien il te rend heureuse, tu feras comme moi; cet amour, que tu n'avais pas, viendra peu à peu , peu à peu.

Air : T'eu souvieus-tu ?

Dans mon ménage , et sans l'vouloir peut-être, Je fais parfois enrager mon mari ; Et si pourtant l'moindr' danger pouvait naître, Sans hésiter, j'donn'rais mes jours pour lui. Car je lui dois c' bonheur que rien n'rachète ,

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