‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 406 sur 414 · ACTE DEUXIÈME , SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME , SCENE VIII

Mes deux garçons, ma fille... El dans queuq'lenips , Ainsi que moi tu le sauras, Suzelte, Ou aim'toujours le pèr' de ses enfants.

EDOUARD , entr'ouvrant le paravent.

Maudite femme ! elle ne s'en ira pas.

SUZETTE, réfléchissant.

Comment , cousine ? répèle-moi ça , je t'en prie.

MADAME PIKCHON.

A la bonue heure , voilà que tu me tutoies aussi.

SUZETTE

Tu n'aimais pas ton mari ?

MADAME PINCHON

Demande-lui plutôt.

SUZETTE

Mais au moins tu n'en aimais pas un autre, tu n'aimais personne.

MADAME PINCH0N

Eh ! eh ! je ne voudrais pas en jurer.

Air : Ce que j'éprouve en vous voyant.

C'est mon secret : j'veux bien tout bas T'en faire ici la confidence ; Mais surtout garde le silence, Car Pinclion ne s'en doute pas , Mon mari ne s'en doute pas.

Vois-tu bien , en pareille affaire , Sur l'passé n'faut pas revenir, On n'pouvait pas le garantir :

C'est déjà bien assez , ma clière , De répondre de l'avenir.

Je crois donc que j'aimais un jeune homme bien gentil ; seize ans tout au plus.

SUZETTE

Quelqu'un du village.

MADAME PINCHOX.

Mieux que cela; quelqu'un du château. Tu ne le diras à personne ; le fils de monsieur le comte, M. Edouard.

(Edouard, qui avait avancé sa tète Lors du paravent, la retire vivement. ) SiztTTE, à part.

0 ciel ! comme moi: et je ne m'en suis pas aperçue. (Haut, et avec émotion. ) Et lui ne t'aimait pas ?

MADAME PINCHOX.

Au contraire; comme un fou, à en perdre la tète. Il me pour-

m LE MARIAGE DE RAISON.

suivait partout ; il me disait qu'il n'avait jamais éprouvé d'amour pareil.

sizette, à part.

Comme moi.

MADAME l'INCHON.

Et qu'il m'aimerait toujours ; et puis il pleurait , il se désespérait , et se jetait à mes pieds.

SIZETTE, à part.

Comme aujourd'hui.

MADAME PISCUON.

Et un jour enfin... ; je ne sais plus au juste ce qu'il me demandait; car il demandait toujours, et il était très-exigeant : il s'écria que si je le refusais , il allait se tuer.

SIZETTE , à part.

0 ciel! comme tout à l'heure. ( Fiant. ) Et qu'en est-il arrivé?

MADAME MNCHON".

Je n'en sais rien. Je me suis enfuie tout effrayée, parce que j'ai toujours eu peur des armes à feu ; mais ce que je sais , c'est que j'ai épousé M. Pinchon, et qu'il n'en est pas mort.

SIZETTE , avec douleur.

Il te trompait donc?

MADAME PINCHON

Lui!... oh! mon Dieu, non! le pauvre garçon était de bonne foi, et il m'aimait autant qu'il pouvait aimer. D'abord j'étais sa première inclination ; mais ça ne pouvait nous mener à rien ; i! ne pouvait pas rn'épouser : il a pris son parti, et moi le mien. Il s'est consolé : c'est ce qui arrive toujours.

SIZETTE.

Tu crois !

MADAME PINCHON

Par exemple , une chose dont je suis bien sure , c'est que depuis il m'est resté fidèle. Il ne me rencontre pas de fois qu'il ne me dise des mots de tendresse... sans conséquence.

SIZETTE.

Comment! il oserait...

MADAME PINCHON

Avant hier encore , il a couru après moi dans le jardin; il m'a embrassée... , toujours sans conséquence. Mais ce matin , il voulait que je vinsse dans ce pavillon pour régler les comptes de la ferme , et ce Pinchon qui le voulait aussi ; mais ça , c'est différent.

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