‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 6 sur 414 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

balivernes qu'ils appellent , je crois , des cosmétiques , et qui ne font pas plus pousser de cheveux que dans le creux de la main. Ah! si vous aviez usé de la moelle de bœuf, de la graisse d'ours et de la peau d'anguille ! Voilà les vrais conservateurs du cheveu ! Alors c'était le bon temps , c'était le bon temps pour les perruquiers !

Air de la valse des Comédiens.

Jours fortunés, jours d'honneur et de gloire, Vous n'éles plus!... mais à mon triste coeur, Tant qu'il battra , voire douce mémoire Viendra toujours rappeler le bonheur.

Au temps jadis, la poudre , qui m'est chère , Dans tous les rangs brillait a\ec éclat; Elle parait l'élégant militaire, Le jeune abbé, le grave magistrat.

Il m'en souvient! dans ma simple boutique, Soir et matin se pressaient les chalans; Et sur leur chef, arrosé d'huile antique, Je bâtissais d'énormes catogans.

Dans tout Paris, daus toute la banlieue, Mon coup de peigne alors était cité ; Quand je faisais une barbe , une queue , J'ai vu souvent le passant arrêté.

Adieu la gloire , adieu les honoraires ! Tout est détruit! nos indignes enfants Ont méconnu les leçons de leurs pères, Et de notre art sapé les fondements.

La catacoua s'est , hélas ! écroulée.

Ils ont coupé les ailes de pigeons ; Et du boudoir la pommade exilée Se réfugie au dos des postillons.

Ma vieille enseigne est un vain simulacre! J'ai vu s'enfuir tous les gens du bon ton ; Heureux encor, lorsqu'un cocher de fiacre A mon rasoir vient livrer son menton !

Jours fortunés ! jours d'honneur et de gloire, Vous n'êtes plus ! mais à mon triste cœur ; Tant qu'il battra, votre douce mémoire Viendra toujours rappeler le bonheur.

(On entend sonner.)

JUSTINE

Tenez, tenez, pendant que vous êtes à causer, voilà M. Desroches qui vous attend , et qui s'impatiente.

POUDRET.

J'y vais , j'y vais , monsieur Desroches. ( Il reprend sur la table sa

cafetière et sa serviette, qu'il y a déposées.) C'est là une ancienne et bonne pratique ! il n'a pas donné dans le charlatanisme de la Titus, celui-là : il a été fidèle à la poudre , et a conservé l'aile de pigeon dans son intégrité. (On sonne encore.) J'y vais. (A Justine.) Et vous , mademoiselle, qu'est-ce que vous faites là? descendez à la boutique, et restez-y en mon absence.

MADEMOISELLE DESROCHES , à Justine.

Oui, petite , descends t'apprèter, et fais-toi bien belle; tu n'as pas oublié que ce soir nous allons ensemble au spectacle.

POUDRET.

Quoi ! mademoiselle, vous lui faites cet honneur? (A Justine.) Sois tranquille , je vais en descendant t'arranger un chignon et un petit crêpé.

JUSTINE, murmurant entre ses dents.

Je serai belle ! une coiffure gothique !

POUDRET.

Qu'est-ce que c'est?

JUSTINE

Je dis que ça vous fera négliger une pratique. SCÈNE IV.

MADEMOISELLE DESROCHES, seule, s'asseyant près de la table.

Voilà pourtant comme les parents contrecarrent toujours les inclinations des enfants! Et après cela, on s'étonne des événements ! Me voilà seule et mélancolique. Si je profitais de ce moment d'inspiration pour composer quelques pages de mon roman. Qu'il est doux d'écrire ainsi des lettres d'amour ! on fait soi-même la demande et la réponse. Lettre seconde ; Clarisse à M.***. ( Écrivant.) « Je crains pour mon cœur l'explosion d'un sentiment qui, « longtemps concentré... »

scèm: v. 9

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