SCÈNE III
LES PRÉCÉDENTS; POUDRET , avec une cafetière, une serviette et un plat à barbe,
POUDRET, parlant en dehors.
Eh bien ! eh bien ! c'est bon ; si M. Desroches m'attend, il fallait donc le dire, je ne pouvais pas le deviner ; pour être perruquier, on n'est pas sorcier, (A mademoiselle Desroches.) Mademoi-
selle, j'ai bien l'honneur d'être votre très-humble serviteur, si j'en suis capable.
MADEMOISELLE DESROCIIES , d'un air protecteur.
Bonjour, bonjour, Poudret; comment va la santé?
POIDRET.
Ah! mademoiselle, ça va bien, quant au physique : (montrant
la mâchoire et l'estomac) tout ceci fait très-bien ses fonctions; (faisant le geste de la houppe ) mais ceci, ah ! mademoiselle, décadence totale !
MADEMOISELLE DESROCHES
Vous vous plaignez toujours.
POIDRET.
Voilà un mois que j'ai changé de local , et que j'ai loué une boutique dans la maison de M. Desroches , et ça ne va pas mieux. Ah ! mademoiselle, les perruquiers sont bien bas ! ils sont bien bas les pauvres perruquiers !
MADEMOISELLE DESROCIIES , souriant.
Ce pauvre Poudret !
POLDRET.
Plaignez-moi, mademoiselle, vous avez bien raison. Le monde est infesté de charlatans qui démoralisent la coiffure publique. Les barbares! tout est tombé sous leurs ciseaux : les queues, les bourses, les crapauds , les boudins , les catacouas, les chignons, les crêpés, les toupets et les poufs! voilà l'effet des nouvelles inventions !
JUSTINE
Mais enfin, mon oncle, si toutes ces belles choses-là ne sont plus à la mode ?
POUDRET.
Je vous vois venir : vous allez me faire l'éloge des coiffures modernes; je sais dans quelles intentions.
JUSTINE
Moi ! du tout; mais enfin...
POIDRET.
Taisez-vous , ma nièce , taisez vous ; vous êtes jeune , très-jeune, mais cela vous passera ; cela vous passera avec l'âge. ( Mootrant mademoiselle Desroches. ) Demandez à mademoiselle ; votre inexpérience se laisse séduire par de nouvelles inventions : Yhuile de Macassar, l'eau de Venus , le baume de la Mecque , et cent autres