SCÈNE VI
JULIETTE
Enlre sœurs on doit être unies , Alors, quand on nous fait la cour, Nous convenons de notre jour ;
Et nous ne sommes jolies
Que chacune à notre tour.
(Allant à madame de Saimille. )
Ah ! vous voilà , madame ; puisque vous travaillez, nous allons en faire autant.
( Elles s'assoient à droite, auprès de la table , et prennent leur ouvrage. ) PHIL1PP0N , prenant un livre sur la table , à droite.
Je ne dérange pas ces dames ?
JULIETTE
Nullement.
PH1L1PPOX . à part.
Comment entamer la conversation ? ( A Ursule. ) J'espère que vous allez m'aider uu peu. ( a Malvina.) Il me semble , mademoiselle Malvina, que vous n'êtes pas aujourd'hui d'une gaieté...
JULIETTE
Ne faites pas attention, c'est par habitude : ma sœur pense qu'une jeune personne doit être mélancolique, c'est meilleur genre.
Air du Picge.
Dans les salons, c'est la mode à présent.
De la gaieté craignant l'empire ,
Ma sœur est heureuse en pleurant ;
Pour s'amuser elle soupire.
Pour moi j'ai d'autres sentiments,
Je pense qu'une demoiselle Doit toujours rire, et laisser aux amants
Le soin de soupirer pour elle.