‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 88 sur 414 · SCENE XVf · texte numérisé non relu

SCENE XVf

URSULE

C'est qu'il hérite de trois ou quatre cent mille francs?

URSULE, avec impatience.

Eh hien! après?

Après , après ; c'est que cela change hien les choses ! On ne pouvait lui reprocher que son manque de fortune ; car, excepté cela , Léon est très-gentil ; c'est un charmant cavalier, et vous avez heau dire , je n'ai jamais partagé vos préventions contre lui .

URSULE

El hien ! par exemple ! ne voulez-vous pas l'épouser ?

JULIETTE

Pourquoi pas , puisqu'il en était question ? Mais c'est qu'il y a déjà des obstacles : on dit que M. de Glairval, le mailre du château , va lui donner sa fille.

URSULE

Il se pourrait ?

JULIETTE

Et ce n'est pas bien à lui, ce n'est pas délicat, parce qu'enfin mes parents avaient des vues antérieures ; et puis il y a encore ma sœur Malvina, qui me donne des inquiétudes... Certainement, elle aurait hien épousé M. Auguste , mais elle ne l'aime pas beaucoup; et maintenant , à cause des nouvelles idées... vous comprenez : elle pourrait revenir.

URSULE

Allons , elles veulent toutes l'épouser à présent !

JULIETTE

Mais , si vous êtes assez bonne pour me seconder, je crois qu'on peut faire manquer tous ces mariages-là.

URSULE, vivement.

Vraiment? Eh ! mon Dieu ! ma chère amie , je serai charmée de vous rendre service ; mais par quels moyens ? Je suis si peu au fait de tout ce qui arrive !

Oh ! je vais vous donner des détails ; vous sentez bien que je me suis informée. D'abord , c'est un vieux baron, M. de Saint-Clair.

URSULE

Que dites-vous? le baron de Saint-Clair? celui qui vient de mourir ?

9S LA HAINE D'UArE FEMME .

JULIETTE

Oui, madame; c'est lui qui donne toute sa fortune à Léon; c'est-à-dire il la lui donne, c'est malgré lui, et sans le vouloir, parce qu'il en avait disposé par testament en faveur d'une autre personne ; mais cette personne , qu'on ne nomme pas , et qui même ne veut pas être nommée, renonce généreusement à la succession : alors elle revient à Léon , qui , quoique arrière-cousin, se trouve , dit-on, le seul héritier, et alors...

URSULE

Ah ! que je suis heureuse !

JULIETTE

Eh hien ! qu'avez -vous donc?

UfiSULE-

Rassurez-vous, je ferai manquer le mariage.

JULIETTE

Il se pourrait? Dieu ! que vous êtes bonne !

URSULE

Non, pas tant que vous croyez. Mais comment savez-vous tout cela?

Par M. Derfort, un notaire.

URSULE

Mon homme d'affaires.

JULIETTE

Il arrive de Paris pour annoncer cette bonne nouvelle ; et Léon va se trouver maître de toute la fortune, dès que la renonciation sera signée.

URSULE

Grâce au ciel, elle ne l'est pas encore.

( Se mettant à table à droite, et écrivant.)

JULIETTE

Que faites-vous donc ?

URSULE

C'est l'affaire d'un instant. (Écrivant.) Tenez, ma chère amie, ayez la bonté de porter ceci à M. Derfort, le notaire ; je pense que cela suffira.

JULIETTE

Quoi , madame ! vous croyez que ce papier empêchera le mariage de mademoiselle de Clairval?

Page 1