‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 89 sur 414 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

URSULE; PHILIPPON, entrant par la porte adroite. URSULE, à part.

Oh! mon Dieu! qu'a donc M. Philippon, et d'où vient cet air sombre et rêveur ?

philippon, voulant se retirer.

Votre serviteur, madame.

URSULE

Eh quoi ! vous me fuyez?

PHILIPPON

Oui, madame; car moi je suis franc et loyal, et quand j'ai à me plaindre des gens, quand je n'ai plus d'amitié pour eux , je le dis à eux-mêmes, et ne cherche point en secret à les desservir; je ne sais pas si je me fais comprendre.

URSULE

Parfaitement; mais je ne pense pas que, quanta présent du moins, vous ayez contre moi de nouveaux sujets de plainte.

PHILIPPON

Si, madame , et je ne vous le pardonnerai jamais. Malgré la fortune qui lui sourit, malgré l'héritage qu'il vient de faire, Léon est le plus malheureux des hommes : je voulais le marier à mademoiselle de Clairval , tout le monde y consentait ; lui seul refuse : cela lui est impossible.

URSULE

Pour quelle raison ?

PHILIPPON

Vous me le demandez ! pour vous , madame ! pour vous seule , qui êtes cause de tous ses chagrins.

Air : A soixante ans.

Malgré vos torts dont il convient lui-même , Son cœur ne rêve et ne pense qu'à vous ; C'est toujours vous , c'est vous seule qu'il aime (Ursule fait un mouvement de joie.)

Et je ne puis mailriser mon courroux , Lorsque je vois qu'un fol amour l'enflamme , Lorsque je vois les maux qu'il doit souffrir ; Et de fureur ce qui me fait frémir.. •

URSULE

Qu'est-ce donc?

PH1L1PPON, indigné.

C'est qu'en m'écoutant , madame, Vous avez l'air d'y prendre encor plaisir ; Oui , je le vois , en m'écoutant , madame , Vous avez l'air d'y prendre encor plaisir.

URSULE

Moi, monsieur ! en tout cas, vous ne pouvez pas dire qu'il y ait séduction de ma part.

PII1LIPPON.

Non, certes; mais, patience, il finira par se guérir de son aveuglement. Moi, d'abord, je ne vous prends pas en trailre, je vous préviens que je lui dirai de vous tout le mal possible ; et je ferai si bien qu'avant peu, je l'espère, Léon en aimera une autre : il est riche, il l'épousera.

LKSLLE.

11 l'épousera... c'estsi je veux.

PIULIHPON.

Comment ! si vous voulez.

URSULE

Oui, cela dépend de moi ; et quant à cette fortune dout vous parlez, il ne la possédera peut-être pas longtemps.

PHIL1PPOH.

Et qui pourrait la lui enlever ?

URSULE

Moi , monsieur.

PH1LIPPON.

Vous voulez plaisanter?

URSULE

Du tout; je parle sérieusement.

PIIILH'POX.

S'il était vrai... si vousosiez... je ne sais, dans ma fureur...

URSULE

Calmez-vous , vous le verrez ; et loin d'être furieux , vous serez ravi, enchanté! et lui aussi; c'est moi qui vous en préviens.

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