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conséquences y naissent rapidement des principes et qu'on est obligé à suppléer de soi-même tout l'entre-deux, il falloit que le public eût le loisir de l'entendre. Les grands géomètres n'y parvinrent qu'en l'étudiant avec soin ; les médiocres ne s'y embarquèrent qu'excités par le témoignage des grands; mais enfin, quand le livre fut suffisamment connu, tous ces suffrages qu'il avoit gagnés si lentement écla'terent de toutes parts, et ne formèrent .qu'un cri d'admiration. Tout le monde fut frappé de l'esprit original qui brille dans l'ouvrage, de cet esprit créateur, qui dans toute l'étendue du siècle le plus heureux ne tombe guère en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des pays savans.
Deux théories principales dominent dans les Principes mathématiques^ celle des forces centrales, et celle de la résistance des milieux au mouvement, toutes deux presque entièrement neuves, et traitées selon la sublime géométrie de l'auteur. On ne peut plus toucher ni à l'une ni à l'autre de ces matières sans avoir M. Neuton devant les yeux, sans le répéter ou sans le suivre, et, si on veut le déguiser, quelle adresse pourra empêcher qu'il ne soit reconnu?
Le rapport trouvé par Kepler entre les révolutions des corps célestes et leurs distances à un centre commun de ces révolutions régne constam-
ment dans lout le ciel. Si l'on imagine, ainsi qu'il est nécessaire, qu'une certaine force empêche ces grands corps de suivre pendant plus d'un instant leur mouvement naturel en ligne droite d'occident en orient, et les retire continuellement vers un centre, il suit de la régie de Kepler que cette force, qui sera centrale, ou plus particulièrement centripète j aura sur un même corps une action variable selon les différentes distances à ce centre, et cela dans la raison renversée des quarrés de ces distances; c'està-dire, par exemple, que, si ce corps étoit deux fois plus éloigné du centre de sa révolution, l'action de la force centrale sur lui en seroit quatre fois plus foible. Il paroît que M. Neuton est parti de là pour toute sa physique du monde pris en grand. Nous pouvons supposer aussi ou feindre qu'il a d'abord considéré la Lune, parce, qu'elle a la Terre pour centre de son mouvement.
Si la Lune perdoit toute l'impulsion, toute la tendance qu'elle a pour aller d'occident en orient en ligne droite, et qu'il ne lui restât que la force centrale qui la porte vers le centre de la Terre, elle obéiroit donc uniquement à cette force, en suivroit uniquement la direction, et viendroit en ligne droite vers le centre de la Terre. Son mouvement de révolution étant connu, M. Neuton démontre par ce mouvement que dans la première minute de sa descente elle décriroit i5 pieds de
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Paris. Sa distance delà Terre est de 60 demi-diametres de la Terre : donc, si la Lune étoit, à la surface de la Terre, sa force seroit augmentée selon le quarré de 60, c'est-à-dire qu'elle seroit 36oo fois plus puissante, et que la Lune dans une minute décriroit 36oo fois i3 pieds.
Maintenant, si l'on suppose que la force qui agissoit sur la Lune soit la même que celle que nous appelions pesanteur dans les corps terrestres, il s'ensuivra du système de Galilée que la Lune, qui à la surface de la Terre parcouroit 36oo fois i5 pieds en une minute, devroit parcourir aussi 1 5 pieds dans la première soixantième partie, ou dans la première seconde de cette minute. Or, on sait par toutes les expériences, et on n'a pu les faire qu'à de très-petites distances de la surface de la Terre, que les corps pesans tombent de i5 pieds dans la première seconde de leur, ch.ute. Ils sont donc, quand nous éprouvons la durée de leurs chutes, dans le même cas précisément que si, ayant fait autour de la Terre, avec la même force centrale que la Lune, la même révolution, et à la même distance, ils se trouvoient ensuite tout près de la surface de la Terre; et, s'ils S'ont dans le même cas où seroit la Lune, la Lune est dans le cas où ils sont, et n'est retirée à chaque instant vers la Terre que par la même pesanteur. Une conformité si exacte d'effets, ou plutôt cette
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parfaite identité, ne peut venir que de celle des causes.
Il est vrai que dans le système de Galilée, qu'on a suivi ici, la pesanteur est constante, et que la force centrale de la Lune ne l'est pas dans la démonstration même qu'on- vient de donner. Mais la pesanteur peut bien ne paroître constante, ou, pour mieux dire, elle ne le paroît dans toutes nos expériences, qu'à cause que la plus grande hauteur d'où nous puissions voir tomber des corps n'est rien par rapport à la distance de i5oo lieues où ils sont tous du centre de la Terre. Il est démontré qu'un boulet de canon tiré horizontalement décrit, dans l'hypothèse de la pesanteur constante, une parabole terminée à un certain point par la rencontre de la Terre; mais que, s'il étoit tiré d'une hauteur qui pût rendre sensible l'inégalité d'action de la pesanteur, il décriroit, au lieu de la parabole, une ellipse, dont le centre de la Terre seroit un des foyers, c'est-à-dire qu'il feroit exactement ce que fait la Lune.
Si la Lune est pesante à la manière des corps terrestres, si elle est portée vers la Terre par la même force qui lesy porte, si, selon l'expression de M. Neuton, elle pesé sur la Terre, la même cause agit dans tout ce merveilleux assemblage de corps célestes: car toute la nature est une, c'est par-tout la même disposition, par-tout des ellipses décrites Fontenelk. II. 3i
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par des corps dont le mouvement se rapporte à un corps placé dans un des foyers. Les satellites de Jupiter pèsent sur Jupiter comme la Lune sur la Terre, les satellites de Saturne sur Saturne, toutes les planètes ensemble sur le Soleil.
On ne sait point en quoi consiste la pesanteur, et M. Neuton lui-même l'a ignoré. Si la pesanteur agit par impulsion, on conçoit qu'un bloc de marbre qui tombe peut être poussé vers la Terre sans que la Terre soit aucunement poussée vers lui; et en un mot tous les centres ausquels se rapportent les mouvemens causés par la pesanteur pourront être immobiles. Mais, si elle agit par attraction, la Terre ne peut attirer le bloc de marbre sans que ce bloc n'attire aussi la Terre. Pourquoi cette vertu attractive seroit-elle plutôt dans certains corps que dans d'autres? M. Neuton pose toujours l'action de la pesanteur réciproque dans tous les corps, et proportionnelle seulement à leurs masses, et par là il semble déterminer la pesanteur à être réellement une attraction. Il n'employé à chaque moment que ce mot pour exprimer la force active des corps; force, à la vérité, inconnue, et qu'il ne prétend pas définir; mais, si elle pouvoit agir aussi par impulsion, pourquoi ce terme plus clair n'auroit-il pas été préféré? Car on conviendra qu'il n'étoit guère possible de les employer tous deux indifféremment, ils sont trop opposés. L'usage perpétuel du mot
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d'attraction, soutenu d'une grande autorité, et peut-être aussi de l'inclination qu'on croit sentir à M. Neuton pour la chose même, familiarise du moins les lecteurs avec une idée proscrite par les cartésiens , et dont tous les autres philosophes avoient ratifié la condamnation; il faut être présentement sur ses gardes pour ne lui pas imaginer quelque réalité; on est exposé au péril de croire qu'on l'entend.
Quoi qu'il en soit, tous les corps, selon M. Neuton, pèsent les uns sur les autres, ou s'attirent en raison de leurs masses; et, quand ils tournent autour d'un centre commun, dont par conséquent ils sont attirés et qu'ils attirent, leurs forces attractives varient dans la raison renversée des quarrés de leurs distances à ce centre; et, si tous ensemble avec leur centre commun tournent autour d'un» autre centre commun à eux et à d'autres, ce sont encore de nouveaux rapports qui font une étrange complication. Ainsi chacun des cinq satellites de Saturne pesé sur les quatre autres, et les quatre autres sur lui; tous les cinq pèsent sur Saturne, et Saturne sur eux ; le tout ensemble pesé sur le Soleil, et le Soleil sur ce tout. Quelle géométrie a été nécessaire pour débrouiller ce cahos de rapports! Il paroît téméraire de l'avoir entrepris; et on ne peut voir sans étonnement que d'une théorie si abstraite, formée de plusieurs théories particulières, toutes
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très-difficiles à manier, il naisse nécessairement des conclusions toujours conformes aux faits établispar l'astronomie.
Quelquefois même ces conclusions semblent deviner des faits ausquels les astronomes ne se seroient pas attendus. On prétend depuis un temps, et surtout en Angleterre, que quand Jupiter et Saturne sont entr'eux dans leur plus grande proximité, qui est de i65 millions de lieues, leurs mouvemens ne sont plus de la même régularité que dans le reste de leur cours; et le système de M. Neuton en donne tout d'un coup la cause, qu'aucun autre système ne donneroit. Jupiter et Saturne s'attirent plus fortement l'un l'autre , parce qu'ils sont plus proches , et par là la régularité du reste de leur cours est sensiblement troublée. On peut aller jusqu'à déterminer la quantité et les bornes de ce dérèglement.
La Lune est la moins régulière des planètes; elle échappe assés souvent aux tables lesplus exactes, et fait des écarts dont on ne connoît point les principes. M. Halley, que son profond savoir en mathématique n'empêche pas d'être bon poète, dit dans des vers latins qu'il a mis au-devant des Principes de M. Neuton , que la Lune jusque-là ne s'éioii point laissé assujettir au frein des calculs, et navoit été domptée par aucun astronome; mais qu'elle l'est enfin dans le nouveau système. Toutes les bisarre-
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ries de son cours y deviennent d'une nécessité qui les fait prédire, et il est difficile qu'un système où elles prennent cette forme ne soit qu'un système heureux, sur-tout si on ne les regarde que comme une petite partie d'un tout qui embrasse avec le même succès une infinité d'autres explications. Celle du flux et du reflux s'offre si naturellement par l'action de la Lune sur les mers, combinée avec celle du Soleil, que ce merveilleux phénomène semble en être dégradé,
La seconde des deux grandes théories sur lesquelles roule le livre des Principes est celle de la résistance des milieux au mouvement, qui doit entrer dans les principaux phénomènes de la nature, tels que les mouvemens des corps célestes, la lumière, le son. M. Neuton établit, à son ordinaire, sur une très-profonde géométrie ce qui doit. résulter de cette résistance, selon toutes les causes qu'elle peut avoir, la densité du milieu, la vitesse du corps mû, la grandeur de sa surface ; et il arrive enfin à des conclusions qui détruisent les tourbillons de Descartes, et renversent ce grand édifice céleste qu'on auroit cru inébranlable. Si les planètes se meuvent autour du Soleil dans un milieu quel qu'il soit, dans une matière étherée qui remplit tout et qui, quelque subtile qu'elle soit, n'en résistera pas moins, ainsi qu'il est démontré, comment les mou- ! vemens des planètes n'en sont-ils pas perpétuelle-
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ment et même promptement affoiblis? Sur-tout comment les comètes traversent-elles les tourbillons librement en tous sens, quelquefois avec des directions de mouvement contraires aux leurs, sans en recevoir nulle altération sensible dans leurs mouvemens, de quelque longue durée qu'ils puissent être? Comment ces torrens immenses et d'une rapidité presque incroyable n'absorbent-ils [pas en peu d'instans tout le mouvement particulier d'un corps qui n'est qu'un atome par rapport à eux, et ne le forcent-ils pas à suivre leur cours ?
Les corps célestes se meuvent donc dans un grand vuide, si ce n'est que leurs exhalaisons et les rayons de lumière, qui forment ensemble mille entrelassemens différens, mêlent un peu de matière à des espaces immatériels presque infinis. L'attraction et le vuide, bannis de la physique par Descartes, et bannis pour jamais selon les apparences, y reviennent ramenés par M. Neuton, armés d'une force toute nouvelle dont on ne les croyoit pas capables, et seulement peut-être un peu déguisés.
Les deux grands hommes qui se trouvent dans une si grande opposition ont eu de grands rapports. Tous deux ont été des génies du premier ordre, nés pour dominer sur les autres esprits et pour fonder des empires. Tous deux, géomètres excellens, ont vu la nécessité de transporter la géométrie dans la physique. Tous deux ont fondé leur
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physique sur une géométrie qu'ils ne tenoient
presque que de leurs propres lumières. Mais l'un,
prenant un vol hardi, a voulu se placer à la source
de tout, se rendre maître des premiers principes
par quelques idées claires et fondamentales, pour
n'avoir plus qu'à descendre aux phénomènes de la
nature comme à des conséquences nécessaires.
L'autre, plus timide ou plus modeste, a commencé
sa marche par s'appuyer sur les phénomènes pour
remonter aux principes inconnus, résolu de les
admettre quels que les pût donner l'enchaînement
des conséquences. L'un part de ce qu'il entend
nettement pour trouver la cause de ce qu'il voit.
L'autre part de ce qu'il voit pour en trouver la
cause, soit claire, soit obscure. Les principes évi-
dens de l'un ne le conduisent pas toujours aux
phénomènes tels qu'ils sont. Les phénomènes ne
conduisent pas toujours l'autre à des principes
assés évidens. Les bornes qui dans ces deux routes
contraires ont pu arrêter deux hommes de cette
espèce, ce ne sont pas les bornes de leur esprit,
mais celles de l'esprit humain.
En même temps que M. Neuton travailloit à son grand ouvrage des Principes , il en avoit un autre entre les mains, aussi original, aussi neuf, moins général par son titre, mais aussi étendu par la manière dont il devoit traiter un sujet particulier. C'est VOptique, ou Traiié de la lumière et des
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couleurs, qui parut pour la première fois en 1704. Il avoit fait pendant le cours de trente années les expériences qui lui étoient nécessaires.
L'art de faire des expériences, porté à un certain degré, n'est nullement commun. Le moindre fait qui s'offre à nos yeux est compliqué de tant d'autres faits qui le composent ou le modifient qu'on ne peut sans une extrême adresse démêler tout ce qui y entre, ni même sans une sagacité extrême soupçonner tout ce qui peut y entrer. Il faut décomposer le fait dont il s'agit en d'autres qui ont eux-mêmes leur composition; et quelquefois, si l'on n'avoit bien choisi sa route, on s'engageroit dans des labyrinthes d'où l'on ne sortiroit pas. Les faits primitifs et élémentaires semblent nous avoir été cachés par la nature avec autant de soin que des causes; et, quand on parvient à les voir, c'est un spectacle tout nouveau et entièrement imprévu.
L'objet perpétuel de VOptique de M. Neuton est l'anatomie de la lumière. L'expression n'est point trop hardie, ce n'est que la chose même. Un très-petit rayon de lumière qu'on laisse entrer dans une chambre parfaitement obscure, mais qui ne peut être si petit qu'il ne soit encore un faisceau d'une infinité de rayons, est divisé, disséqué, de façon que l'on a les rayons élémentaires qui lecomposoient séparés les uns des autres, et teints chacun
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d'une couleur particulière qui après cette séparation ne peut plus être altérée. Le blanc, dont étoit le rayon total avant la dissection, résultoit du mélange de toutes les couleurs particulières des rayons primitifs. La séparation de ces rayons étoit si difficile que, quand M. Mariotte l'entreprit sur les premiers bruits des expériences de M. Neuton, il la manqua, lui qui avoit tant de génie pour les expériences et qui a si bien réussi sur tant d'autres sujets.
On ne sépareroit jamais les rayons primitifs et colorés, s'ils n'étoient de leur nature tels qu'en passant par le même lieu, par le même prisme de verre, ils se rompent sous difîérens angles, et par là se démêlent quand ils sont reçus à des distances convenables. Cette différente réfrangibilité des rayons rouges, jaunes, verds, bleus, violets, et de toutes les couleurs intermédiaires en nombre infini, propriété qu'on n'avoit jamais soupçonnée, et à laquelle on ne pouvoit guère être conduit par aucune conjecture, est la découverte fondamentale du traité de M. Neuton. La différente réfransibilité amené la différente réflexibilité. Il y a plus.: les rayons qui tombent sous le même angle sur une surface s'y rompent et réfléchissent alternativement ; espèce de jeu qui n'a pu être apperçu qu'avec des yeux extrêmement fins et bien aidés par l'esprit. Enfin, et sur ce point seul, la première
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idée n'appartient pas à M. Neuton, les rayons qui passent près des extrémités d'un corps sans le toucher ne laissent pas de s'y détourner de la ligne droite, ce qu'on appelle inflexion. Tout cela ensemble forme un corps d'Optique si neuf qu'on pourra désormais regarder cette science comme presque entièrement due à l'auteur.
Pour ne pas se borner à des spéculations qu'on traite quelquefois injustement d'oisives, il a donné dans cet ouvrage l'invention et le dessein d'un télescope par- réflexion, qui n'a été bien exécuté que long-temps après. On a vu ici que ce télescope, n'ayant que 2 pieds et demi de longueur, faisoit autant d'effet qu'un bon télescope ordinaire de 8 ou 9 pieds; avantage très-considérable, et dont apparemment on connoîtra mieux encore à l'avenir toute l'étendue.
Une utilité de ce livre, aussi grande peut-être que celle qu'on tire du grand nombre de connoissances nouvelles dont il est plein, est qu'il fournit un excellent modèle de l'art de se conduire dans la philosophie expérimentale. Quand on voudra interroger la nature par les expériences et les observations, il la faudra interroger comme M. Neuton, d'une manière aussi adroite et aussi pressante. Des choses qui se dérobenl presque à 'la recherche par être trop déliées, il les sait réduire à souffrir le calcul, et un calcul qui ne demande pas seulement
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le savoir des bons géomètres, mais encore plus une dextérité particulière. L'application qu'il fait de sa géométrie a autant de finesse que sa géométrie a de sublimité.
Il n'a pas achevé son Optique, parce que des expériences dont il avoit encore besoin furent interrompues, et qu'il n'a pu les reprendre. Les pierres d'attente qu'il a laissées à cet édifice imparfait ne pourront guère être employées que par des mains aussi habiles que celles du premier architecte. Il a du moins mis sur la voie, autant qu'il a pu, ceux qui voudront continuer son ouvrage, et même il leur trace un chemin pour passer de l'optique à une physique entière. Sous la forme de Doutes ou de Questions à éclaircir, il propose un grand nombre de vues qui aideront les philosophes à venir, ou du moins feront l'histoire toujours curieuse des pensées d'un grand philosophé. . L'attraction domine dans ce plan abrégé de physique*. La force qu'on appelle dureté des corps est l'attraction mutuelle de leurs parties, qui les serre les unes contre les autres; et, si elles sont de figure à se pouvoir toucher par toutes leurs faces sans laisser d'interslices, les corps sont parfaitement durs. Il n'y a de cette espèce que de petits corps primordiaux et inaltérables, élémens de tous les autres. Les fermentations ou effervescences chimiques, dont le mouvement est si violent qu'on
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les pounoit quelquefois comparer à des tempêtes, sont des effets de cette puissante attraction, qui n'agit entre les petits corps qu'à de petites distances.
En général il conçoit que l'attraction est le principe agissant de toute la nature et la cause de tous les mouvemens. Car, si une certaine" quantité de mouvement, une fois imprimée par les mains de Dieu, ne faisoit ensuite que se distribuer différemment selon les loix du choc, il paroît qu'il périroit toujours du, mouvement par les chocs contraires sans qu'il en pût renaître, et que l'univers tomberoit assés promptement dans un repos qui seroit la mort générale de tout. La vertu de l'attraction toujours subsistante, et qui ne s'affoiblit point en s' exerçant, est une ressource perpétuelle d'action et de vie. Encore peut-il arriver que les effets de cette vertu viennent enfin à se combiner de façon que le système de l'univers se dérégleroit, et qu'il demanderoit, selon M. Neuton, une main qui y retouchât.
Il déclare bien nettement qu'il ne .donne cette attraction que pour une cause qu'il ne connpît point, et dont seulement il considère, compare et calcule les effets, et, pour se- sauver du reproche de rappeller les qualités- occultes des scholastiques, il dit qu''il n'établit que des qualités manifestes et très-sensibles par les phénomènes; "mais qu'à la
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vérité les causes de ces qualités sont occultes et qu'il en laisse la recherche à d'autres philosophes. Mais ce que les scholastiques appelloient qualités occultes, n'étoient-ce pas des causes? Ils voyoient bien aussi les effets. D'ailleurs, ces causes occultes que M.' Neuton n'a pas trouvées, crojoit-il que d'autres les trouvassent? S'ensaçrera-t-on avec
beaucoup d'espérance à les chercher?
Il mit à la fin de ï Optique deux traités de pure géométrie : l'un, de la Qiiadrature des courbes^, l'autre, un Dénombrement des lignes qu'il appelle du troisième ordre. Il les en a retranchés depuis, parce que le sujet en étoit trop différent de celui de l'Optique, et on les a imprimés à part en 171 1 avec une Analyse par les équations infinies et la Méthode différentielle. Ce ne seroit plus rien dire que d'ajouter ici qu'il brille dans tous ces ouvrages une haute et fine géométrie qui lui appartenoit entièrement.
Absorbé dans ces spé'culations, il devoit naturellement être et indifférent pour les affaires, et incapable de les traiter. Cependant, lorsqu'en i 687, année de la publication de ses Principes, les privilèges de l'université de Cambridge, où il étoit professeur en mathématique dès l'an 1669, par la démission de M. Barrou en sa faveur, furent attaqués par le roi Jacques II, il fut un des plus zélés à les soutenir, et son université le nomma pour être
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un de ses délégués pardevant la cour de Haute- Commission. Il en fut aussi le membre représentant dans le Parlement de Convention en 1688, etily tint séance jusqu'à ce qu'il fût dissous.
En 1696 le comte de Halifac, chancelier de rÉchiquier et grand protecteur des savans, caries seigneurs anglois ne se piquent pas de l'honneur d'en faire peu de cas, et souvent le sont euxmêmes, obtint du roi Guillaume de créer M. Neuton Garde des Monnoyes ; et dans cette charge il rendit des services importans à l'occasion de la grande refonte qui se fît en ce temps-là. Trois ans après il fut Maître de la Monnoye, emploi d'un revenu très-considérable, et qu'il a possédé jusqu'à sa mort.
On pourroit croire que sa charge de la Monnoye ne lui convenoit que parce qu'il étoit excellent géomètre et physicien; et en effet cette matière demande souvent des calculs difficiles et quantité d'expériences chimiques; et il a donné des preuves de ce qu'il pouvoit en ce genre par sa Table des Essais des Monnoyes étrangères, imprimée à la fin du livre d"u docteur Arbuthnott. Mais il falloit que son génie s'étendît jusqu'aux affaires purement politiques, et où il n'entroit nul mélange des sciences spéculatives. A la convocation du Parlement de 1701, il fut choisi de nouveau membre de cette assemblée pour l'université de Cambridge.
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Après tout, c'est peut-être une erreur de regarder les sciences et !es affaires comme si incompatibles, principalement pour les hommes d'une certaine trempe. Les affaires politiques bien entendues se réduisent elles-mêmes à des calculs très-fins, et à des combinaisons délicates, que les esprits accoutumés aux hautes spéculations saisissent plus facilement et plus sûrement, dès qu'ils sont instruits des faits et fournis des matériaux nécessaires.
M. Neuton a eu le bonheur singulier de jouir pendant sa vie de tout ce qu'il méritoit, bien différent de Descartes qui n'a reçu que des honneurs posthumes. Les Anglois n'en honorent pas moins les grands talens pour être nés chés eux. Loin de chercher à les rabaisser par des critiques injuri'euses, loin d^applaudir à l'envie qui les attaque, ils sont tous de concert à les élever; et cette grande liberté qui les divise sur les points les plus importans ne les empêche point de se réunir sur celui-là. Ils sentent tous combien la gloire de l'esprit doit être précieuse à un État ; et qui peut la procurer à leur patrie leur devient infiniment cher. Tous les savans d'un pays qui en produit tant mirent M. Neuton à leur tête par une espèce d'acclamation unanime; ils le reconnurent pour chef et pour maître; un rebelle n'eût osé s'élever, on n'eût pas souffert même un médiocre admirateur. Sa philosophie a été adoptée par toute
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l'Angleterre; elle domine dans la Société royale, et dans tous les excellens ouvrages qui en sont sortis, comme si elle étoit déjà consacrée par le respect d'une longue suite de siècles. Enfin, il a été révéré au point que la mort ne pouvoit plus lui produire de nouveaux honneurs ; il a vu son apothéose. Tacite, qui a reproché aux Romains leur extrême indifférence pour les grands hommes de leur nation, eût donné aux Anglois la louange toute opposée. En vain les Romains se seroient-ils excusés sur ce que le grand mérite leur étoit devenu familier. Tacite leur eût répondu que le grand mérite n'étoit jamais commun, ou que même il faudroit, s'il étoit possible, le rendre commun par la gloire qui y seroit attachée.
En lyoS, M. Neuton fut élu président de la Société royale, et l'a été sans interruption jusqu'à sa mort, pendant vingt-trois ans; exemple unique et dont on n'a pas cru devoir craindre les conséquences.
La reine Anne le fit chevalier en lyoS; titre d'honneur qui marque du moins que son nom étoit allé jusqu'au trône, où les noms les plus illustres en ce genre ne parviennent pas toujours.
Il fut plus connu que jamais à la cour sous le roi George. La princesse de Galles, aujourci'hui reine d'Angleterre, avoit assés de lumières et de connoissances pour interroger un homme tel que
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lui, et pour ne pouvoir être satisfaite que par lui. Elle a souvent dit publiquement qu'elle se tenoit heureuse de vivre de son temps, et de le connoître. Dans combien d'autres siècles et dans combien d'autres nations auroit-il pu être placé sans y retrouver une princesse de Galles !
Il avoit composé un ouvrage de chronologie ancienne, qu'il ne songeoit point à publier; mais cette princesse, à qui il en confia les vues principales, les trouva si neuves et si ingénieuses qu'elle voulut avoir un précis de tout l'ouvrage, qui ne sortiroit jamais de ses mains, et qu'elle possederoit seule. Elle le garde encore aujourd'hui avec tout ce qu'elle a de plus précieux. Il s'en échappa cependant une copie ; il étoit difficile que la curiosité, excitée par un morceau singulier de M. Neuton, n'usât de toute son adresse pour pénétrer jusqu'à ce trésor, et il est vrai qu'il faudroit être bien sévère pour la condamner. Cette copie fut apportée en France par celui qui étoit assés heureux pour l'avoir, et l'estime qu'il en faisoit l'empêcha de la garder avec le dernier soin. Elle fut vue, traduite, et enfin imprimée.
Le point principal du système chronologique de M. Neuton, tel qu'il paroît dans cet extrait qu'on a de lui, est de rechercher, en suivant avec beaucoup de subtilité quelques traces assés foibles de la plus ancienne astronomie grecque, quelle étoit au Fontenelle. II. 3 3
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temps de Chiron le Centaure la position du colure des equinoxes par rapport aux étoiles fixes. Comme on sait aujourd'hui que ces étoiles ont un mouvement en longitude d'un degré en soixante-douze ans, si on sait une fois qu'au temps de Chiron le colure passoit par certaines fixes, on saura, en prenant leur distance à celles par où il passe aujourd'hui, combien de temps s'est écoulé depuis Chiron jusqu'à nous. Chiron étoit du fameux voyage des Argonautes, ce qui en fixera l'époque, et nécessairement ensuite celle de la guerre deTroye, deux grands événemens d'où dépend toute l'ancienne chronologie. M. Neuton les met de cinq cents ans plus proches de l'ère chrétienne que ne font ordinairement les autres chronologistes. Le système a été attaqué par deux savans françois. On leur reproche en Angleterre de n'avoir pas attendu l'ouvrage entier et de s'être pressés de critiquer. Mais cet empressement même ne faitil pas honneur à M. Neuton? Ils se sont saisis le plus promptement qu'ils ont pu de la gloire d'avoir un pareil adversaire. Ils en vont trouver d'autres en sa place. Le célèbre M. Halley, premier astronome du roi de la Grande-Bretagne, a déjà écrit pour soutenir toute l'astronomique du système; son amitié pour l'illustre mort et ses grandes connoissances dans la matière doivent le rendre redoutable. Mais enfin la contesta-
lion n'est pas terminée; le public, peu nombreux, qui est en état de juger ne l'a pas encore fait; et, quand il arriveroit que les plus fortes raisons fussent d'un côté, et de l'autre le nom de M. Neuton, peut-être ce public seroit-il quelque temps en suspens, et peut-être seroit-il excusable.
Des que l'Académie des sciences, par le règlement de 1699, put choisir des associés étrangers, elle ne manqua pas de se donner M. Neuton. Il entretint toujours commerce avec elle, en lui envoyant tout ce qui paroissoit de lui. C'étoient ses anciens travaux, ou qu'il faisoit réimprimer, ou qu'il donnoit pour la première fois. Depuis qu'il fut employé à la Monnoye, ce qui étoit arrivé déjà quelque temps auparavant, il ne s'engagea plus dans aucune entreprise considérable de mathématique ni de philosophie. Car, quoique l'on pût compter pour une entreprise considérable la solution du fameux problême des trajectoires, proposé aux Anglois comme un défi par M. Leibnitz pendant sa contestation avec eux, et recherché bien soigneusement pour l'embarras et la difficulté, ce ne fut presque qu'un jeu pour M. Neuton. On assure qu'il reçut ce problême à quatre heures du soir, revenant de la Monnoye fort fatigué, et ne se coucha point qu'il n'en fût venu à bout. Après avoir servi si utilement dans les connoissances spéculatives toute l'Europe savante, il servit unique-
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ment sa patrie dans des affaires doni l'utilité étoit plus sensible et plus directe, plaisir touchant pour tout bon citoyen ; mais tout le temps qu'il avoit libre, il le donnoit à la curiosité de son esprit, qui ne se faisoit point une gloire de dédaigner aucune sorte de connoissance et savoit se nourrir de tout. On a trouvé de lui après sa mort quantité d'écrits sur l'antiquité, sur l'histoire, sur la théologie même, si éloignée des sciences par où il est connu. Il ne se permettoit ni de passer des moraens oisifs sans s'occuper, ni de s'occuper légèrement et avec une foible attention.
Sa santé fut toujours ferme et égale jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, circonstance très-essentielle du rare bonheur dont il a joui. Alors il commença à être incommodé d'une incontinence d'urine; encore, dans les cinq années suivantes qui précédèrent sa mort, eut-il de grands intervalles de santé, ou d'un état fort tolérable, qu'il se procuroit par le régime et par des attentions dont il n'avoit pas eu besoin jusque-là. Il fut obligé de se reposer de ses fonctions à la Monnoye sur M. Conduitt, qui avoit épousé une de ses nièces ; il ne s'y résolut que parce qu'il étoit bien sûr de remettre en bonnes mains un dépôt si important et si délicat. Son jugement a été confirmé depuis sa mort par le choix du Roi, qui a donné cette place à M. Conduitt. M. Neuton ne souffrit beaucoup que dans
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les derniers vingt jours de sa vie. On jugea sûrement qu'il avoit la pierre et qu'il n'en pouvoit revenir. Dans des accès de douleur si violens que les gouttes de sueur lui en couloient sur le visage, il ne poussa jamais un cri, ni ne donna aucun signe d'impatience ; et dès qu'il avoit quelques momens de relâche, il sourioit et parloit avec sa gaieté ordinaire. Jusque-là il avoit toujours lu ou écrit plusieurs heures par jour. Il lut les gazettes le samedi 18 mars V. S. au matin, et parla longtemps avec le docteur Mead, médecin célèbre. II possédoit parfaitement tous ses sens et tout son esprit; mais le soir il perdit absolument la connoissance, et ne la reprit plus, comme si les facultés de son ame n'avoient été sujettes qu'à s'éteindre totalement, etnonpas à s'affoiblir. Il mourut le lundi suivant, 20 mars, âgé de quatre-vingt-cinq ans. Son corps fut exposé sur un lit de parade, dans la Chambre de Jérusalem, endroit d'où l'on porte au lieu de leur sépulture les personnes du plus haut rang, et quelquefois les têtes couronnées. On le porta dans l'abbayede Westminster, le poile étant soutenu par Milord grand chancelier, par les ducs de Montrose et Roxburgh, et par les comtes de Pembrocke, de Sussex et de Maclesfield. Ces six pairs d'Angleterre qui firent cette fonction solemnelle font assés juger quel nombre de personnes de distinction grossirent la pompe funèbre. L'évê-
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que de Rochester fit le service, accompagné de tout le clergé de l'église. Le corps fut enterré près de l'entrée du chœur. Il faudroit presque remonter chés les anciens Grecs, si l'on vouloit trouver des exemples d'une aussi grande vénération pour le savoir. La famille de M. Neuton imite encore la Grèce de plus près par un monument qu'elle lui fait élever, et auquel elle employé une somme considérable. Le dojen et le chapitre de Westminster ont permis qu'on le construise dans un endroit de l'abbaje qui a souvent été refusé à la plus haute noblesse. La patrie et la famille ont fait éclater pour lui la même reconnoissance que s'il les avoit choisies.
Il avoit la taille médiocre, avec un peu d'embonpoint dans ses dernières années, l'œil fort vif et fort perçant, la phisionomie agréable et vénérable en même temps, principalement quand il ôtoit sa perruque et laissoit voir une chevelure toute blanche, épaisse et bien fournie. Il ne se servit jamais de lunettes, et ne perdit qu'une seule dent pendant toute sa vie. Son nom doit justifier ces petits détails.
Il étoit né fort doux et avec un grand amour pour la tranquillité. Il auroit mieux aimé être inconnu que de voir le calme de sa vie troublé par ces orages littéraires que l'esprit et la science attirent à ceux qui s'élèvent trop. On voit par une
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de ses lettres du Commerciuin epistolicum que, son Traité d'optique étant prêt à imprimer, des objections prématurées qui s'élevèrent lui firent abandonner alors ce dessein. Je me reprochois, dit-il, mon imprudence de perdre une chose aussi réelle que le repos, pour courir après une ombre. Mais cette ombre ne lui a pas échappé dans la suite, il ne lui en a pas coûté son repos, qu'il estimoit tant, et elle a eu pour lui autant de réalité que ce repos même.
Un caractère doux promet naturellement de la modestie, et on atteste que la sienne s'est toujours conservée sans altération, quoique tout le monde fût conjuré contr'elle. Il ne parloit jamais ou de lui ou des autres; il n'agissoit jamais d'une manière à faire soupçonner aux observateurs les plus malins le moindre sentiment de vanité. Il est vrai qu'on lui épargnoit assés le soin de se faire valoir; mais combien d'autres n'auroient pas laissé de prendre encore un soin dont on se charge si volontiers, et dont il est si difficile de se reposer sur personne ! Combien de grands hommes généralement applaudis ont gâté le concert de leurs louanges en y mêlant leurs voix!
Il étoit simple, affable, toujours de niveau avec tout le m.onde. Les génies du premier ordre ne méprisent point ce qui est au-dessous d'eux, tandis que les autres méprisent même ce qui est au-dessus. Il ne se croyoit dispensé ni par son mérite ni
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par sa réputation d'aucun des devoirs du commerce ordinaire de la vie, nulle singularité, ni naturelle, ni affectée; il savoit n'être, dès qu'il le falloit, qu'un homme du commun.
Quoiqu'il fût attaché à l'Église anglicane, il n'eût pas persécuté les non-conformistes pour les y ramener. Il jugeoit les hommes par les mœurs, et les vrais non-conformistes étoient pour lui les vicieux et les méchans. Ce n'est pas cependant qu'il s*en tînt à la religion naturelle; il étoit persuadé de la révélation, et, parmi les livres de toute espèce qu'il avoit sans cesse entre les mains, celui qu'il lisoit le plus assidûment étoit la Bible.
L'abondance où il se trouvoit, et par un grand patrimoine, et par son emploi, augmentée encore par la sage simplicité de sa vie, ne lui offroit pas inutilement les moyens de faire du bien. Il ne croyoit pas que donner par son testament, ce fût donner : aussi n'a-t-il point laissé de testament, et il s'est dépouillé toutes les fois qu'il a fait des libéralités, ou à ses parens, ou à ceux qu'il savoit dans quelque besoin. Les bonnes actions qu'il a faites dans l'une et l'autre espèce n'ont été ni rares, ni peu considérables. Quand la bienséance exigeoit de lui, en certaines occasions, de la dépense et de l'appareil, il étoit magnifique sans aucun regret et de très-bonne grâce. Hors de là tout ce faste, qui ne paroît quelque chose de grand qu'aux
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petits caractères, étoit sévèrement retranché, et les i'onds réservés à des usages plus solides. Ce seroit effectivement un prodige qu'un esprit accoutumé aux réflexions, nourri de raisonnemens et en même temps am.oureux de cette vaine magnificence.
Il ne s'est point marié, et peut-être n'a-t-il pas eu le loisir d'y penser jamais, abîmé d'abord dans des études profondes et continuelles pendant la force de l'âge, occupé ensuite d'une charge importante, et même de sa grande considération, qui ne lui laissoit sentir ni vuide dans sa vie, ni besoin d'une société domestique.
Il a laissé en biens meubles environ trentedeux mille livres sterlin, c'est-à-dire sept cens mille livres de notre monnoie. M. Leibnitz, son concurrent, mourut riche aussi, quoique beaucoup moins, et avec une somme de réserve assés considérable. Ces exemples rares, et tous deux étrangers, semblent mériter qu'on ne les oublie pas.