‹ Œuvres choisies de FontenelleChapitre 45 sur 61 · I. C'étoit une espèce d'Académie · texte numérisé non relu

I. C'étoit une espèce d'Académie

l'eau étoit toujours la même, il attendit si bien que la source vint à tarir, et il ne but point.

JEANNE DE NAPLES

Il m'en est arrivé autant, et je crois que, d«i tous les morts qui sont ici, il n'y en a pas un l qui la vie n'ait manqué avant qu'il en eût faii l'usage qu'il en vouloit faire. Mais qu'importe, jej compte pourbeaucoup le plaisirde prévoir, d'espérer de craindre même, et d'avoir un avenir devan' soi. Un sage, selon vous, seroit comme nous autre; morts, pour qui le présent et l'avenir sont parfaiterrient semblables, et ce sage par conséquent s'ennuieroit autant que je fais.

ANSELME

Hélas! c'est une plaisante condition que celle de l'homme, si elle est telle que vous le croyés 11 est né pour aspirer à tout et pour ne jouir de rien, pour marcher toujours et pour n'arrive) nulle part.

DIALOGUES

DIALOGUE PREMIER

HEROSTRATE, DEMETRIUS DE PHALERE.

HEROSTRATE.

i A7MR01S cens soixante statues élevées dans ^^ '^^Athénes à votre honneur ! C'est beauè^S^oup.

DEMETRIUS

Je m'étois saisi du gouvernement, et après cela il étoit assés aisé d'obtenir du peuple des statues.

HEROSTRATE.

Vous étiés bien content de vous être ainsi multiplié vous-même trois cens soixante fois, et de ne rencontrer que vous dans toute une ville?

io6 DIALOGUES DES MORTS ANCIENS

DEMETRIUS

Je l'avoue; mais, hélas! cette joie ne fut pas d'assés longue durée. La face des affaires changea. Du jour au lendemain il ne resta pas une seule de mes statues. On les abattit, on les brisa.

HEROSTRATE.

Voilà un terrible revers! Et qui fut celui qui fit cette belle expédition?

DEMETRIUS

Ce fut Demetrius Poliorcète, fils d'Antigonus.

HEROSTRATE.

Demetrius Poliorcète! J'aurois bien voulu être en sa place. Ilyavoit beaucoup de plaisir à abattre un si grand nombre de statues faites pour un même homme.

DEMETRIUS

Un pareil souhait n'est digne que de celui qui a brûlé le temple d'Ephése. Vous conservés encore votre ancien caractère.

HEROSTRATE.

On m'a bien reproché cet embrasement du temple d'Ephése; toute la Grèce en a fait beaucoup de bruit; mais en vérité cela est pitoyable, on ne juge guère sainement des choses.

DEMETRIUS

Je suis d'avis que vous vous plaigniés de l'injustice qu'on vous a faite de détester une si belle

action, et de la loi par laquelle les Ephésiens défendirent que l'on prononçât jamais le nom d'Hérostrate.

HEROSTRATE.

Je n'ai pas du moins sujet de me plaindre de l'effet de cette loi : car les Ephésiens furent de bonnes gens, qui ne s'apperçurent pas que défendre de prononcer un nom, c'étoit l'immortaliser. Mais leur loi même, sur quoi étoit-elle fondée? J'avois une envie démesurée de faire parler de moi, et je brûlai leur temple. Ne devoient-ils pas se tenir bienheureux que mon ambition ne leur coûtât pas davantage? On ne les en pouvoit quitter à meilleur marché. Un autre auroit peut-être ruiné toijte la ville et tout leur Etat.

DEMETRIUS

On diroit, à vous entendre, que vous étiés en droit de ne rien épargner pour faire parler de vous, et que l'on doit compter pour des grâces tous les maux que vous n'avés pas faits.

HEROSTRATE.

Il est facile de vous prouver le droit que j'avois de brûler le temple d'Ephése. Pourquoi l'avoit-on bâti avec tant d'art et de magnificence? Le dessein de l'architecte n'étoit-il pas de faire revivre son nom?

DEMETRIUS

Apparemment.

io8 DIALOGUES DES MORTS ANCIENS

HEROSTRATE.

Hé bien, ce fut pour faire vivre aussi mon nom que je brûlai ce temple.

DEMETRIUS

Le beau raisonnement ! Vous est-il permis de ruiner pour votre gloire les ouvrages d'un autre?

HEROSTRATE.

Oui. La vanité, qui avoit élevé ce temple par les mains d'un autre, l'a pu ruiner par les miennes. Elle a un droit légitime sur tous les ouvrages des hommes; elle les a faits, et elle les peut détruire. Les plus grands Etats même n'ont pas sujet de se plaindre qu'elle les renverse, quand elle y trouve son compte; ils ne pourroient pas prouver une origine indépendante d'elle. Un roi qui pour honorer les funérailles d'un cheval feroit raser la ville de Bucephalie lui feroit-il une injustice? Je ne le crois pas : car on ne s'avisa de bâtir cette ville que pour assurer la mémoire de Bucephale, et par conséquent elle est affectée à l'honneur des chevaux.

DEMETRIUS

Selon vous, rien ne seroit en sûreté. Je ne sai si les hommes même y seroient.

HEROSTRATE.

La vanité se joue de leurs vies, ainsi que de tout le reste. Un père laisse le plus d'enfans qu'il peut, afin de perpétuer son nom. Un conquérant, afin

de perpétuer le sien, extermine le plus d'hommes qu'il lui est possible.

DEMETRIUS

Je ne m'étonne pas que vous emplojiés toutes sortes de raisons pour soutenir le parti des destructeurs ; mais enfin, si c'est un moyen d'établir sa gloire que d'abattre les monumens de la gloire d'autrui, du moins il n'y a pas de moyen moins noble que celui-là.

HEROSTRATE.

Je ne sai s'il est moins noble que les autres; mais je sai qu'il est nécessaire qu'il se trouve des gens qui le prennent

DEMETRIUS

Nécessaire?

HEROSTRATE.

Assurément. La terre ressemble à de grandes tablettes où chacun veut écrire son nom. Quand ces tablettes sont pleines, il faut bien effacer les noms qui y sont déjà écrits pour en mettre de nouveaux. Que seroit-ce si tous les monumens des anciens subsistoient ? Les modernes n'auroient pas où placer les leurs. Pouviés-vous espérer que trois cens soixante statues fussent long-temps sur pied? Ne voyiés-vous pas bien que votre gloire tenoit trop de place ?

DEMETRIUS

Ce fut une plaisante vengeance que celle que

Demetrius Poliorcète exerça sur mes statues. Puis qu'elles étoient une fois élevées dans toute 1 ville d'Athènes, ne valoit-il pas autant les laisser?

HEROSTRATE, j

Oui; mais, avant qu'elles fussent élevées, ne va' loit-il pas autant ne les point élever? Ce sont le passions qui font et qui défont tout. Si la raison do minoit sur la terre, il ne s'y passeroit rien. On di que les pilotes craignent au dernier point ces mer pacifiques où l'on ne peut naviguer, et qu'ils veu lent du vent, au hasard d'avoir des tempêtes. Le passions sont chés les hommes des vents qui son nécessaires pour mettre tout en mouvement, quoiqu'ils causent souvent des orages.

DIALOGUE II

CALLIRHÉE, PAULINE.

ifsr^^fi

PAULINE

)ouR moi, je tiens qu'une femme est )Men péril dès qu'elle est aimée avec ^i*^ ardeur. De quoi un amant passionné I^^Éne s'avise-t-il pas pour arriver à ses fins? J'avois long-temps résisté à Mundus qui étoit un jeune Romain fort bien fait; mais enfin il remporta la victoire par un stratagème. J'étois fort dévote au dieu Anubis. Un jour une prêtresse de ce dieu me vint dire de sa part qu'il étoit amoureux de moi, et qu'il me demandoit un rendésvous dans son temple. Maîtresse d' Anubis ! Figurésvous quel honneur. Je ne manquai pas au rendésvous, j'y fus reçue avec beaucoup de marques de tendresse; mais, à vous dire la vérité, cet Anubis, c'étoit Mundus. Voyés si je pouvois m'en défendre. On dit bien que des femmes se sont rendues à des dieux déguisés en hommes, et quelquefois en bêtes; à plus forte raison devra-t-on se rendre à des hommes déguisés en dieux.

CALLIRHÉE,

En vérité , les hommes sont bien remplis d'ar-

tifice. J'en parle par expérience, et il m'est arri

presque la même avanture qu'à vous. J'étois ut

fille de la Troade, et sur le point de me mariei

j'allai, selon la coutume du pays, accompagné

d'un grand nombre de personnes, et fort paré(

offrir ma virginité au fleuve Scamandre. Après qu

je lui eus fait mon compliment, voilà Scamandr

qui sort d'entre ses roseaux, et qui me prend ai

mot. Je me crus fort honorée, et peut-être n*

eut-il pas jusqu'à mon fiancé qui ne le crût aussi

Tout le monde se tint dans un silence respectueux

mes compagnes envioient secrètement ma félicité.

et Scamandre se retira dans ses roseaux quand i

voulut. Mais combien fus-je étonnée un jour que

je rencontrai ce Scamandre qui se promenoit dans

une petite ville de la Troade , et que j'appris que

c'étoit un capitaine athénien qui avoit sa flotte sur

cette côte-là 1

PAULINE

Quoi! vous l'aviés donc pris pour le vrai Scamandre?

CALLIRHÉE.

Sans doute.

PAULINE

Et étoit-ce la mode en votre pays que le fleuve acceptât les offres que les filles à marier venoient lui faire?

DIALOGUES DES MORTS ANCIENS iiî

CALLIRHÉE.

Non; et peut-être, s'il eût eu coutume de les accepter, on ne les lui eût pas faites. Il se contentoit des honnêtetés qu'on avoit pour lui, et n'en abusoit pas.

PAULINE

Vous déviés donc bien avoir le Scamandre pour suspect?

CALLIRHÉE.

Pourquoi? Une jeune fille ne pouvoit-elle pas croire que toutes les autres n'avoient pas eu assés de beauté pour plaire au dieu, ou qu'elles ne lui avoient fait que de fausses offres ausquelles il n'avoit pas daigné répondre? Les femmes se flattent si aisément! Mais vous, qui ne voulés pas que j'aye été la dupe du Scamandre, vous l'avés bien été d'Anubis.

PAULINE

Non, pas tout-à-fait. Je me doutois un peu qu'Anubis pouvoit être un simple mortel.

CALLIRHÉE.

Et vous ['allâtes trouver? Cela n'est pas excusable.

PAULINE

Que voulés-vous? J'entendois dire à tous les ; sages que, si l'on n'aidoit soi-même à se tromper, on ne goûteroit guère de plaisirs.

Fontenelle. I. j 5

CAI.URHÉE.

Bon! Aider à se tromper! Ils ne l'entendoient pas apparemment dans ce sens-là. Ils vouloient dire que les choses du monde les plus agréables sont dans le fond si minces, qu'elles ne toucheroient • l| pas beaucoup si l'on y faisoit une réflexion un peu sérieuse. Les plaisirs ne sont pas faits pour être examinés à la rigueur, et on est tous les jours réduit à leur passer bien des choses sur lesquelles il ne seroit pas à propos de se rendre difficile. C'est là ce que vos sages...

PAULINE

C'est aussi ce que je veux dire. Si je me fusse rendue difficile avec Anubis, j'eusse bien trouvé que ce n'étoit pas un dieu; mais je lui passai sa divinité sans vouloir l'examiner trop curieusement. Et où est l'amant dont on souffriroit la tendresse, s'il falloit qu'il essuyât un examen de notre raison?

CALLIRHÉE.

La mienne n'étoit pas si rigoureuse. Il se pouvoit trouver tel amant qu'elle eût consenti que j'aimasse; et enfin il est plus aisé de se croire aimée d'un homme sincère et fidèle que d'un dieu.

PAULINE

De bonne foi, c'est presque la même chose. J'eusse été aussi-tôt persuadée de la fidélité et de" la constance de Mundus que de sa divinité.

DIALOGUES DES MORTS ANCIENS n5

CALLIRHÉE.

Ah! il n'y a rien de plus outré que ce que vous dites. Si l'on croit que des dieux ayent aimé, du moins on ne peut pas croire que cela soit arrivé souvent; mais on a vu souvent des amans fidèles qui n'ont point partagé leur cœur, et qui ont sacrifié tout à leurs maîtresses.

PAULINE

Si vous prenés pour de vraies marques de fidélité les soins, les empressemens, des sacrifices, une préférence entière, j'avoue qu'il se trouvera assés d'amans fidèles; mais ce n'est pas ainsi que je compte. J'ôte du nombre de ces amans tous ceux dont la passion n'a pu être assés longue pour avoir le loisir de s'éteindre d'elle-même, ou assés heureuse pour en avoir sujet. Il ne me reste que ceux qui ont tenu bon contre le temps et contre les faveurs, et ils sont à peu près en même quantité que 1 les dieux qui ont aimé des mortelles.

CALLIRHÉE.

Encore faut-il qu'il se trouve de la fidélité même selon cette idée. Car qu'on aille dire à une femme qu'on est un dieu épris de son mérite, elle n'en croira rien; qu'on lui jure d'être fidèle, elle le

I croira. Pourquoi cette différence? C'est qu'il y a des exemples de l'un , et qu'il n'y en a pas de t l'autre.

Ii6 DIALOGUES DES MORTS ANCIENS

PAULINE

Pour les exemples, je tiens la chose égale ; mais ce qui fait qu'on ne donne pas dans l'erreur de prendre un homme pour un dieu, c'est que cette erreur-là n'est pas soutenue par le cœur. On ne croit pas qu'un amant soit une divinité, parce qu'on ne le souhaite pas ; mais on souhaite qu''il soit fidèle, et on croit qu'il l'est.

CALLIRHÉE.

Vous vous mocqués. Quoi! toutes les femmes prendroient leurs amans pour des dieux si elles souhaitoient qu'ils le fussent ! i

PAULINE. I

Je n'en doute presque pas. Si cette erreur étoit nécessaire pour l'amour, la nature auroit disposé notre cœur à nous l'inspirer. Le cœur est la source de toutes les erreurs dont nous avons besoin ; il ne nous refuse rien dans cette matiere-là.

DIALOGUE III

CANDAULE, GIGÉS.

CANDAULE

.LUS j'y pense, et plus je trouve qu'il n'étoit point nécessaire que vous me fissiés mourir.

GIGÉS.

Que pouvois-je faire? Le lendemain que vous m'eûtes fait voir les beautés cachées de la reine, elle m'envoya quérir, me dit qu'elle s'étoit apperçue que vous m'aviés fait entrer le soir dans sa chambre, et me fît, sur l'offense qu'avoit reçue sa pudeur, un très-beau discours, dont la conclusion étoit qu'il falloit me résoudre à mourir, ou à vous tuer, et à l'épouser en même temps : car, à ce qu'elle prétendoit, il étoit de son honneur, ou que je possédasse ce que j''avois vu, ou que je ne pusse jamais me vanter de l'avoir vu. J'entendis bien ce que tout cela vouloit dire. L'outrage n'étoit pas si grand que la reine n'eût bien pu le dissimuler, et son honneur pouvoit vous laisser vivre , si elle eût voulu; mais franchement elle étoit dégoûtée de vous, et elle fut ravie d'avoir un prétexte de gloire

ii8 DIALOGUES DES MORTS ANCIENS

pour se défaire de son mari. Vous jugés bien que, dans l'alternative qu'elle me proposoit, je n'avois qu'un parti à prendre.

CANDAULE

Je crains fort que vous n'eussiés pris plus de goût pour elle qu'elle n'avoit de dégoût pour moi. Ah! que j'eus tort de ne pas prévoir l'effet que sa beauté feroit sur vous et de vous prendre pour un trop honnête homme !

GIGÉS.

Reprochés-vous plutôt d'avoir été si sensible au plaisir d'être le mari d'une femme bien faite que vous ne pûtes vous en taire.

CANDAULE

Je me reprocherois la chose du monde la plus naturelle. On ne sauroit cacher sa joie dans un extrême bonheur.

GIGÉS.

Cela seroit pardonnable, si c'étoit un bonheur d'amant; mais le vôtre étoit un bonheur de mari. On peut être indiscret pour une maîtresse; mais pour une femme! Et que croiroit-on du mariage, si l'on en jugeoit par ce que vous fîtes? On s'imagineroit qu'il n'y auroit rien de plus délicieux.

CANDAULE

Mais, sérieusement, pensés-vous qu'on puisse être content d'un bonheur qu'on possède sans té-

moins? Les plus braves veulent être regardés pour être braves, et les gens heureux veulent être aussi [regardés pour être parfaitement heureux. Que isai-je même s'ils ne se résoudroient pas à l'être moins pour le paroître davantage? Il est toujours isûr qu'on ne fait point de montre de sa félicité isans faire aux autres une espèce d'insulte dont on 156 sent satisfait.

GIGÉS.

Il seroit fort aisé, selon vous, de se venger de :ette insulte. Il ne faudroit que fermer les jeux, ;t refuser aux gens ces regards, ou, si vous voulés, :es sentimens de jalousie qui font partie de leur )onheur.

CANDAULE

J'en conviens. J'entendois l'autre jour conter à n'mort qui avoit été roi de Perse qu'on le menoit "aptif et chargé de chaînes dans la ville capitale 'un grand empire. L'empereur victorieux, envi- }nné de toute sa cour, étoit assis sur un trône lagnifique et fort élevé; tout le peuple remplis- )it une grande place qu'on avoit ornée avec ïaucoup de soin. Jamais spectacle ne fut plus Dmpeux. Quand ce roi parut après une longue arche de prisonniers et de dépouilles, il s'arrêta s-à-vis de l'empereur, et s'écria d'un air gai : Sotise,[sotise, et toutes choses sotise. » Il disoit le ces seuls mots avaient gâté à l'empereur tout

son triomphe; et je le conçois si bien que je crois que je n'eusse pas voulu triompher à ce prix-là du plus cruel et du plus redoutable de mes ennemis. j£

GIGÉS.

Vous n'eussiés donc plus aimé la reine, si je ne l'eusse pas trouvée belle, et si en la voyant je me fusse écrié : « Sotise, sotise ! »

CANDAULE

J'avoue que ma vanité de mari en eût été bles-j sée. Jugés sur ce pied-là combien l'amour d'une femme aimable doit flatter sensiblement, et combien la discrétion doit être une vertu difficile.

GIGÉS. I

Ecoutés; tout mort que je suis, je ne veux dir«| cela à un mort qu'à l'oreille : il n'y a pas tant d^ vanité à tirer de l'amour d'une maîtresse. La na-; ture a si bien établi le commerce de l'amour qu'ellt n'a pas laissé beaucoup de choses à faire au mé rite. Il n'y a point de cœur à qui elle n'ait destim quelqu'autre cœur; elle n'a pas pris soin d'assorti toujours ensemble toutes les personnes dignes d'es time; cela est fort mêlé, et l'expérience ne fait qu trop voir que le choix d'une femme aimable a prouve rien ou presque rien en faveur de cek sur qui il tombe. Il me semble que ces raisons-1 devroient faire des amans discrets. ,:

CANDAULE

Je VOUS déclare que les femmes ne voudroient point d'une indiscrétion de cette espèce, qui ne seroit fondée que sur ce qu'on ne se feroit pas un grand honneur de leur amour.

GIGÉS.

Ne suffit-il pas de s'en faire un plaisir extrême? La tendresse profitera de ce que j'ôterai à la vanité.

CANDAULE

Non, elles n'accepteroient pas ce parti.

GIGÉS.

Mais songes que l'honneur gâte tout cet amour dès qu'il y entre. D'abord c'est l'honneur des '■' femmes qui est contraire aux intérêts des amans; " et puis du débris de cet honneur-là les amans s'en •: composent un autre qui est fort contraire aux intf térêts des femmes. Voilà ce que c'est que d'avoir •^ mis l'honneur d'une partie dont il ne devoit tf point être.

DIALOGUE IV

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