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Oeuvres choisies de Gavarni

Il y a dans ce temps-ci nu énorme gaspillage de laletii; des esprils moroses cherchent querelle à ce sujet aux tM-rivaius et aux artistes, bien à tort, selon nous, car nul ne |m*iiI produire sou génie ou sou esprit en dehors des conditions de son époque.

Jamais Ion n'a autaul exigé de l'homme et de la matière qu'aujoiirdhui. Le cerveau «*sl chauffe aussi fort que la locomotive : il faut que la main coure sur le papier comme le wugmi sur le rail-way. Le rêve du siècle est la rapidité. Pour acquérir un nom maintenant, il faut travailler vile, beaucoup et sans relâche, et très-bien, carie publie devient de plus en plus exigeant et difficile.

Ce que Gavami a jeté çà et là dans les journaux, dans les livres, dans les publications illustrées, dans les revues, d'esprit écrit et dessiné, est vraiment prodigieux. Son enivre complète, si quelque infatigable collectionneur parvenait à la réunir, formerait déjà plus de trente volumes in-folio. Malheureusement , ces petits chefsd'œuvre laits sans prétention, comme tous les chefs-d'œuvre, le vent de la publicité, eu soufflant dessus, les a éparpillés aux quatre points de l'horixoïi; qui ue serait charmé d'avoir daus son portefeuille : Ir» Loreites, ta Vit de jeune homme, les Étudiants , te Carnaval, les Débardeurs, 1 rs Actrices, les Fourberies des femmes , les Enfants terribles, Paris le matin, Paris le soir, etc., c’est-à-dire, lexistcncc parisienne comprise à fond par un philosophe, et rendue par mi artiste?

On sc plaint de ce que le dlx-ncuvième siecle ne possède pas d'auteur comique. Qu'cs*-cc doue que Garanti? N’a-t-il pas, ce qui est le plus rare de tous les talents, saisi le côté piquant, burlesque et siugulier des mœurs de sou temps! — Trouver des types dans les figures que l'on coudoie chaque jour, démêler les aspects saillants de physionomies «pie l'habitude de les voir rend vulgaires exige un esprit lin, prime-saulier; un talent original peut seul en vouirà bout. — Eli général, les poètes et les artistes sont presbytes ; c'est-à-dire qu'ils n'aperçoiveut nettement «pie les objets places à une grande distaucc; leur vue u'esl distincte* que pour le passé. Tel écrivain, parfaitement au courant des affaires intimes de Periclès, ignore le nom des principaux souverains réguauls; tel artiste qui sait au juste le nombre de perles du collier de Phrynée, 11e s'est jamais douté de b façon dont se coiffe une Parisienne. Nous ne les méprisons pas pour ccb; mais, par un don rare et précieux, (bvarui voit ce qui est près de lui, ce que uous rencontrons dans la vie ordinaire, au théâtre, aux promenades, partout. *

(bvarni, «lisent les pédaiils, n’est qu'un «-aricaluriste, un faiseur de croquis plus ou moins frivoles qu'mi peut feuilleter pour s'amuser, mais «pii ifoiil rien de coiii-

GAVABN1.

muu avec l’art. — tes péduls sr trompent, — Gavarni est un artiste du plus haut titre et du meilleur aloi. — L'antiquité et la tradition n'ont rien à revendiquer dans sou talent; il est complètement, exclusivement moderne. Ni Athènes ni Rome if existent |Kiur lui : — c’est un tort aux yeux de quelques-uns , c'est une qualité pour nous. Combien voilà -l-il de siècles que l’on copie ton profil, ô Vénus ! et tou liez, ô Jupiter Olympicu? — Pourtant nous avons, nous aussi, des profils et des nez qui attendent leur tour. N’a-t-on pas suffisamment ajusté de draperies que personne n'a jamais portées peut-être pour arriver enfin à l'habit que tout le monde porte? Pourquoi s'obstiner ;i faire le portrait de femmes mortes il y a deux mille ans, lorsque tant de gracieux et de ehamiauls visages s'encadrent dans des auréoles de saliu ou desoie, lorsque tant de fiues tailles se cambrent sous le inautelet de dentelle ou le châle de cachemire? Nous u'allons pas prendre pour nos fiancées ou nos maîtresses des statues déterrées des fouilles; celles que nous aimons, celles qui troublent notre vie. qui foui nos peines et nos plaisirs, peuveul bien, ce nous semble, fournir la matière d’un dessin. — Paris. |mmii‘ n’ètre pas eu ruines depuis quelques mille aus. a cependant son charme, et ce qu'il trouve élégant mérite bien d'avoir un peintre.

La religion, les liabitudcs. les moins, les costumes, ont nécessairement modifié les types humains, depuis l'auliquilé jusqu'à nos jours. Nous n'avous ni les mêmes crânes, ni les mêmes poitrines, ni les mêmes bras, ni les mêmes pieds que les Grecs, qui suivaient une hygiène différente de la nôtre, et donnaient à la beauté physique de l'homme des soius que uous réservons pour les chevaux. C'est fâcheux, mais cela est. Il faut donc eu prendre son parti ; et puisque 1 humanité semble avoir abaudouné sans retour la chlamydc et le cothurne, il faut bien accepter le paletot et b Imite; ii n’y a plus que les llcrcub'S fondus qui aient les pectoraux de l'Achille ou du Méléagre. Qu'on uous représente doue avec des épaules étroites, des tailles étranglées, des jambes longues et de grosses têtes, puisque nous sommes ainsi. — Peut-être est-CC une beauté : tout est affaire de convention. — Gavarni, envoyant au diable les poncis académiques, a bravement dessiné le Parisien tel qu’il est ; dans les pantalons de 1845, il a mis les jambes de 1815 et uon celles de Gerrnauieus. Ce torse grêle, si bien indiqué en quelques eoups de crayon, sous un gilet à la mode, voua l’avez vu à l'école de natation bleui par le saisissement de l’eau ; c'est le vôtre ou celui de votre ami- — Vous lie trouverez chez notre artiste ni pose de modèle, ni altitude de statue, ni réiniuisceiiee de tableau, ui souvenir d’école. Il ue sort ui de son temps ni de sou pays. C'csl bien aiusi que les Parisiens se saluent, s'abordent, se donnent b main, allument leur cigare, portent leur binocle et déclarent leur amour. Les Athéniens en agissaient peut-être autrement : Gavarni n’a pas fait de recherches pour b* savoir; ou s'il l’a su, il l'a oublié avec soin. N'allez pas croire pour cela que Gavarni soit incorrect ou disgracieux ; non ; tous ses bons hommes jtorlcnl purlàitemcul ; leurs bras s'emmanchent bien ; leurs tètes s'agralêiit aux épaules; ils existent toujours anatomiquement: leurs extrémités soûl indiquées avec finesse et vérité, et leur tournure, quoique moderne, a celte décision et celte franchise qui caractérisent les maîtres, car Gavarni <*sl un maître, si l’es-

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