GAVARNI
prit de b composition, la sincérité du dessin, b verve du faire fout gagner ce titre.
Nul dessinateur n’est plus original ; vous ne lui trouvez aucun antécédent. U est né comme un champignon, entre les fentes iln pavé de Taris. — Goya seul pourrait offrir quelque analogie, et encore, chez le peintre espagnol, le fanatique domine tellement, que la comparaison cloche par un côté : dans les caprichos , le noir et le Idauc jouent un très-grand râle ; les sorcières et les monstres du sabbat se mêlent trop souvent aux hidalgos et aux manolas. Barahona fait invasion sur le Prado, et vous Aies surpris de voir une griffe sortir d'uue manchette de deutellc, et un pied fourchu frétiller sous une basquine.
Gava mi est fantasque, mais non fantastique, ce qui est bien différent ; quoique son crayon soit d’une légèreté extraordinaire, il s’astreint â la réalité; tous les détails indiqués, même par le trait le plus fugitif, sont justes et vrais; nos divans, nos fauteuils, nos chapeaux ont bien cette forme; sur la cheminée de b lurette, Gavarui ne mettra pas b pendule d’un bourgeois, et ainsi de suite.
Il connaît parfaitement les modes ; — c’est lui qui les lait ; — et ses personnages mit toujours la toilette (pii convient. Non-seulement c'est b robe, mais c'est b tournure, chose toujours oubliée par les simples dessinateurs de costumes, qui ne travaillent que pour les couturières. Goya, qui seul nous donne l'idée de l’Espagne sous les rois alisolus. de l’Espagne avec l’inquisition, les moines, les toreros, les aficionados, les contrebandiers, les manohs et les duchesses, est plus négligé, plus confus ; ses larges demi-teintes à la Rembrandt noient plus d'uu détail caractéristique que l’on voudrait retrouver. Pourtant, Goya et Gavarni ont fait tous deux le même travail pour leur temps et leur pays. Ils out fixé les mœurs bizarres, les types tranchés qui vont bientôt s'effarer sous le badigeonnage constitutionnel : dans vingt-cinq ans, ce sera par Gavarni qu'on apprcuilra l'existence des duchesses de b rue du llclder. des lorelles, des débardeurs, des étudiants ; tout ce joyeux monde de b Bohême aura disparu devant les mœurs anglo-américaines qui tendent à nous envahir; un pressentiment dont il ue s'est peut-être pas reudu compte, l’a porté à croquer ees vives et spirituelles physionomies qui uc reparaîtront plus, et qui auront bientôt, dans son œuvre, nue aussi haute valeur historique que les hiéroglyphes égyptiens. Cette ardente et folle génération, éclose en 1850, aura eu son historien plus prévoyaut que les artistes d'Egypte. Pour que le sens de ses dessins ne se perdit pas, Gavarni a eu soin de jeter en caractères phonétiques quelques mots au lias de ses croquis. Il a fait lui-même b légende de scs méibillcs ; chacune de ces inscriptions est un vaudeville, une comédie, un roman de mœurs dans b meilleure acception du inot. II s’y révèle une incroyable connaissance du cœur humain; .Molière n'aurait pas mieux dit ; le moraliste reste rêveur toute une journée devant une de ces légendes d’une effrayante profondeur ; l’on ne sait le plus souvent si c’est la phrase qui illustre le dessin ou le dessin qui illustre b phrase ; mais ils sont inséparables ; ce singulier phénomène du |vcintic à qui le geste, b physionomie, l’accent des personnages ne sidbseut pas, et qui écrit le mot à côté de la bouche, se représente dans les temps de naïveté ou de complication extrêmes.