LES ENFANTS TERRIBLES
Les poëtes et les peintres, ces menteurs involontaires, ont prodigieusement lïatté les enfants; ils les ont représentés comme de petits chérubins qui ont laissé leurs ailes dans les cieux, comme des âmes de lait et de crème que le contact du monde n'a pas encore fait tourner à l'aigre. Victor Hugo, entre autres, a fait sur eux une foule de vers adorables, où les métaphores gracieuses sont épuisées : ce sont des fleurs à peine épanouies où ne bourdonne nulle abeille au dard venimeux ; des yeux ingénus où le bleu d'en haut se réfléchit sans nuage ; des lèvres de cerise que l'on voudrait manger, et qui ne connaissent pas le mensonge ; des cheveux palpitants, soie lumineuse et blonde que soulève le souffle de l'ange gardien, ou la respiration contenue de la mère penchée avec amour, — tout ce qu'on peut imaginer de coquettement tendre et de paternellement anacréontique !
Quelle peau de camélia, de papier de riz ! quel teint de cœur de clochette s'ouvrant dans la rosée, les peintres, et surtout Lawrence, ont donné à l'enfance ! Quel regard intelligent déjà dans sa moite profondeur, dans son étonnement lustré ! quel frais sourire errant comme le reflet d'une source sur une fleur, sur cette bouche qu'on croirait faite de pulpe de framboise ! Quel charmant embonpoint troué de fossettes ! quelles épaules grassouillettes, frissonnantes de luisants satinés! quels pieds mignons à désespérer Tom Pouce, non celui qui se montre et qui vit sur nos théâtres, pour de l'argent; mais l'aérien, l'imperceptible, l'impalpable Tom Pouce, dont Stahl nous a raconté la merveilleuse histoire.
Ah! peintres et poêles, ce que vous en faites est pour flatter les mères ; mais vous n'en êtes pas moins des imposteurs fieffés ; vous peignez les enfants tels qu'ils devraient être, et non pas comme ils sont. Vos enfants sont des enfants de keepsake, bons pour regarder la mer du haut d'une roche, comme le jeune Lambton, ou pour figurer sur le devant d'une calèche entre