‹ Œuvres choisies de GavarniChapitre 16 sur 22 · EN MATIÈRE DE SENTIMENT · texte numérisé non relu

EN MATIÈRE DE SENTIMENT

J. HETZEL

FOURBERIES DE FEMMES

Les hommes aiipelli'iit ilfifauls, chez les Icimiies, loutes les qiialilés qu'ils ii'oiil \fp

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Nomdc pliilosophe pronoJUx un detii du liliiii.

Pour être d'un Allemand dont le nom se perd dans l'obscurité des consonnes les plus impraticables, cet axiome n'en est pas moins d'une vérité lumineuse, et d'un facile accès.

En effet, à entendre les hommes quand leurs ruses vulgaires ont échoué devant la candeur habile de la femme qu'ils voulaient tromper, ne diraiton pas que leur propre vertu est la seule cause de leur insuccès? Ne retournent-ils pas constamment leur maladresse en franchise, et leur sottise en loyauté? Voyez-les surtout lorsque, dans leur grosse finesse, ils ont interprété au rebours la simplicité d'une femme. Une fois dans le piège qu'ils ont creusé de leur propre doute, que d'imprécations, de colères et de gémissements! Une bête fauve, prise par la patte, montre vraiment plus d'héroïsme et de dignité. — De ce moment, toutes les secourables condescendances des femmes pour notre jalouse irritabilité ; toutes les exquises tendresses de leur cœur ; tous les délicieux raffinements de leur sensibilité ; tous les voiles protecteurs qu'elles mettent, avec tant de grâce et de poésie, entre les yeux de ceux qu'elles aiment et la vérité trop vive; toutes ces merveilleuses délicatesses de leur âme et de leur esprit, ne sont plus que dissimulations, coquetteries et mensonges. — Mais écoutons-les toujours, car c'est alors que les hommes sont superbement niais. — Oh ! oh ! s'écrient-ils, en faisant la grosse voix, nous sommes les forts, nous sommes les courageux, nous sommes les maîtres, nous autres; et, de par Dieu! (le juron varie) pour l'emporter, de haut et en toute chose, sur ces femmes que leur seule

faiblesse défend, il nous suffirait de le vouloir Mais, ajoutent-ils, sans

rire, et en prenant des allures de père noble, cette lutte de ruse répugne à

FOURBERIES DE FEMMES

la noblesse de notre sexe, et nous cédons de grand cœur à l'autre la suprématie de l'astuce, et la royauté de la Fodrberie.

Là-dessus, ces messieurs se drapent majestueusement dans leur dédain, car il est convenu que ce gros mot lâché, l'orgueil masculin est sauf et parfaitement vengé.

C'est ainsi que, chaque jour, les hommes font :\ leurs dépens hausser tant de blanches épaules, et sourire tant de frais visages. — Vanité misérable et puérile. — Comment, parCe que les femmes savent mieux que nous employer la vérité, il faut les accuser d'affectation et d'imposture ! Mais d'abord, quelle est donc cette vérité au nom de laquelle les hommes veulent excuser la lourdeur de leur imagination? Est-ce que, par hasard, ils la croiraient une et indivisible comme feu la république française? L'erreur serait par trop adorable. Il y a beaucoup de mensonges, dites-vous; eh bien, puisque chaque mensonge est le contraire d'une vérité, il doit y avoir précisément autant de vérités que de mensonges. Pas une de plus, pas une de moins — Et que de vérités les femmes ont alors ! Vérités du jour, vérités de la veille, vérités du lendemain, vérités simples, vérités adroites, vérités difficiles, et même vérités franches ; vérités de la jeune fille, vérités de la maîtresse, vérités de l'épouse, toutes vérités plus vraies les unes que les autres, sinon pour celles qui les disent, du moins pour ceux qui les croient, — et c'est tout ce que demande la vérité. — Voilà ce que les femmes connaissent toutes ; voilà ce qui fait leur science en candeur, et notre balourdise en tromperie ; voilà enfin ce que nous devons tous avouer, au lieu de gémir ou de faire les méchants.

Toutefois, si les hommes pouvaient essayer de se défendre contre ce brillant répertoire de la franchise féminine, on excuserait peut-être leurs folles rodomontades. Mais les malheureux ne possèdent, hélas! que deux vieilles vérités toujours les mêmes, les vérités de Figaro ; à savoir : la tout à fait fausse, et la tout à fait vraie; celle de Basile et celle d'Antonio, c'est-à-dire, la calomnie ou la sottise. — Oui ou non, blanc ou noir, et c'est tout. — Mon Dieu oui ! deux pauvres vérités si usées, si usées, que deux faussetés un peu neuves seraient vraiment plus honnêtes. Ne voilà-t-il pas un joli bagage pour se promener dans la vie? Quelle misère! Etonnez-vous donc après ça d'être toujours vaincus, et reprochez encore aux femmes de manquer de vérités !

OEUVRES DE GAVAR^M.

Mais en admettant même que les femmes exagèrent parfois cette politesse (le leur cœur que nous nommons si durement hypocrisie, il faudrait encore reconnaître combien il est facile de ne pas s'y tromper . Si un homme veut absolument qu'on lui jure une chose fausse, il est vrai que, pour le satisfaire, on lui fera le serment demandé, mais aussitôt un sourire correctif ou un geste consciencieux viendra certainement démentir la parole. A moins de crier gare ou d'allumer un lampion, il nous semble peu aisé de désigner un péril d'une façon plus claire. Maintenant si votre vanité ne veut croire ni le geste ni le sourire, ne vous en prenez qu'à elle de l'erreur où. vous tombiez. — Pour les phrases à triple sens, il faut tâcher de trouver le vrai, sans jamais excuser la pauvreté de son esprit aux dépens de cette admirable richesse de la langue des femmes. Richesse! dites-vous. Oui, richesse; car si un fleuve fertilise plus de contrées en raison de ses méandres, plus une phrase a aussi de détours, plus elle féconde de pensées.

En dépit de ces raisons aussi justes que connues, les hommes n'en crient pas moins à la fourberie, au plus innocent mensonge qu'ils croient comprendre dans la femme qu'ils aiment. — Pour eux, c'est autre chose ; leur grossièreté se change en rondeur, et leur dureté en indépendance. Ils peuvent mentir impudemment, froisser brutalement les plus chers sentiments du cœur, insulter sottement aux plus chastes croyances, jouer même les esprits forts en sacrifiant à la raillerie jusqu'à l'honneur de leur famille; cela est franc, cela est loyal, cela n'est pas fourbe. — Non, certes, car c'est infâme. — Cependant, comme le but de toute chose, en ce monde, n'est pas le vrai, mais le bien , il s'agit de s'entendre un peu à ce sujet. — Ces délicates attentions des femmes pour toute vérité qui nous est blessante; ce respect touchant pour notre bonheur, quand elles savent que ce bonheur n'existe plus ; ces douces et inquiètes prévenances pour éloigirer tout soupçon de notre esprit lorsque nous avons perdu leur amour ; vous appelez cela fourberies? Eh bien, soit, va pour fourberies. Mais alors comme les femmes nous sauvent autant de douleurs par leurs ingénieux mensonges que vous en causez par votre sotte franchise. Dieu nous conserve leur fourberie, et nous garde de votre vertu

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