‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 103 sur 134 · GÉRONTE, CLÉON · texte numérisé non relu

GÉRONTE, CLÉON

GÉRONTE

A-t-on vu quelque part un fonds d’impertinences De cette fôrce-là ?

CLÉON

Si sur les apparences...

GÉRONTE

Où diable preniez-vous qu’il avoit de l’esprit?

C’est un original qui ne sait ce qu’il dit.

Un de ces merveilleux gâtés par des caillettes;

Ni goût, ni jugement, un tissu de sornettes,

Et monsieur celui-ci, madame celle-là.

Des riens, des airs, du vent, en trois mots le voilà. Ma foi, sauf votre avis...

Je m’en rapporte au vôtre ; Vous VOUS y connoissez tout aussi bien qu’un autre Prenez qu’on m’a surpris et que je n’ai rien dit; Après tout je n’aî fait q»*o rendre le récit

LE MÉCHANT

De gens qu’il voit beaucoup; moi, qui ne ie vois guère Qu’en passant, j’ignorois le fond du caractère.

GÉRONTE

Oh 1 sur parole ainsi ne louons point les gens :

Avant que de louer j’examine longtemps;

Avant que de blâmer, môme cérémonie :

Aussi connois-je bien mon monde ; et je défie ,

Quand j’ai toisé mes gens, qu’on m’en impose en rien. Autrefois j’ai tant vu, soit en mal, soit en bien,

De réputations contraires aux personnes.

Que je n’en admets plus ni mauvaises ni bonnes ;

Il faut y voir soi-mème; et, par exemple, vous,

Si je les en croyois, ne disent-ils pas tous Que vous ôtes méchant? ce langage m’assomme :

Je vous al bien suivi, je vous trouve bon homme.

CLÉON

Vous avez dit le mot ; et la méchanceté N’est qu’un nom odieux par les sots inventé ;

C’est là, pour se venger, leur formule ordinaire :

Dès qu’on est au-dessus de leur petite sphère.

Que, de peur d’ôtre absurde, on fronde leur avis,

Et qu’on ne rampe pas comme eux; fâchés, aigris. Furieux contre vous, ne sachant que répondre,

Croyant qu’on les remarque, et qu’on veut les confondre : Un tel est très-méchant, vous disent-ils tout bas;*

Et pourquoi? c’est qu’un tel a l’esprit qu’ils n'ont pas.

(Un laquais arrive.)

GÉRONTE

Eli bien! qu’est-ce?

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