‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 26 sur 134 · M. DE. BOULONGNE · texte numérisé non relu

M. DE. BOULONGNE

Des gens joyeux avec tristesse, Des machines à compliments,

Vous auront excédé sans cesse De fadeurs, de propos charmants, Déployant avec gentillesse L’ennui dans tous ses agréments.

Vous avez essuyé sans doute Le poids des discours arrangés; Les protecteurs, les protégés.

Tout s’est courbé sur votre route.

Les grands entourent la faveur ;

La foule vole à l’espérance ;

Tout environne, tout encense Le temple brillant du bonheur :

Vous aurez vu toute la France.

Moi qui, séparé des vivants, Dans ma profonde solitude.

Ignore le jargon des grands Et celui de la multitude.

Je ne viens point d’un vain encens Surcharger votre lassitude De gloire et d’applaudissements ;

Je déplorerois au contraire Les travaux toujours renaissants.

Et le joug où le ministère Vient attacher tous vos moments Si je n’aimois trop ma patrie Pour plaindre les brillants liens* Dont elle enchaîne votre vie.

Elle parle, il faut que j’oublie Tou.s vos intérêts pour les siens.

no ÉPITRE DOUZIÈME.

Pardonnez ce brusque langage

Aux moeurs franches de mon séjour,

C*est le compliment d'un sauvage,

Qui, loin de la langue du jour,

Loin des souplesses de l’usage,

Et trouvant pour vous son hommage

Gravé dans un cœur sans détour.

N’en veut pas savoir davantage.

Si je môle si tard ma voix

A l’allégresse générale.

L’ignorance provinciale

M’excuse par ses tristes droits.

Réduit pour toute nourriture A m’instruire, à m’orner l’esprit Dans la Gazette ou le Mercure Sur ce qui se fait et se dit.

Je ne sais rien qu’à l’aventure ;

Je parle quand il n’est plus temps.

Et les nouvelles ont mille ans Quand l’imprimeur me les assure.

Ce n’est que dans ces lieux brillants Qu’enrichit la Seine féconde Des heureux tributs de son onde Que l’on sait tout, que l’on sait bien; Ailleurs on n’est plus de ce monde, On sait trop lard , on ne sait rien.

O province ! que ta lumière Langpit sous des brouillards épais!

Et sur les plus simples objets Quelle stupidité plénière 1 , Un seul trait parmi les journaux

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