A M. DE BOULONGNE
De l’imbécillité profonde '
De nous autres provinciaux Montre combien dans nos propos Nous sommes au fait de ce monde,
Et présente dans tout leur jour Notre force et nos connoissances Sur les nouvelles et la cour,
Sur l’usage et ses dépendances.
Ce trait excusera mon zèle De vous être si tard offert.
Grâce à l’éclipse habituelle.
Dont notre mérite est- couvert.
Mon anecdote n’est pas neuve ;
Mais les provinciaux passés Sont trop dignement remplacés Pour que le temps nuise à ma preuve.
Quand Vardes revint à la cour.
Rappelé par la bienfaisance,
Après un très-mortel séjour Do province et de pénitence,
Louis quatorze , avec bonté.
S’informant du genre de vie Qu’il avoit mené, du génie,
Du ton de la société Au lieu qu’il avoit habité :
« Sire, excellente compagnie, a De l’esprit comme on n’en a point,'
« Gens charmants, instruits de tout point.
« Et d’une ressource inûnie.
a Ce sont des conversations « Incroyables, fort amusantes:
ÉPITRE DOUZIÈME
« Il s’y traite des questions
« Très-neuves, très-intéressantes.
« Par exemple, quand je partis,
« On avoit mis sur le tapis
« Un problème assez'difficile,
(( Et sur lequel toute la ville ' .
a Parloit sans pouvoir s’accorder :
« La question étoit critique ;
« Il s’agissoit de décider
« Une matière politique,
« Et qui, de votre Majesté
« Ou de Monsieur, étoit l’aîné. »
Sur notre gauloise ineptie
C’est trop arrêter vos regards,
Tandis que la gloire, les arts,
Et le bonheur de la patrie
Vous occupent de toutes parts,
Tandis que votre main féconde
Soutient, dans ses brillants travaux.
Le pavillon et les drapeaux
Du pacificateur du monde.
Puissent mon hommage et mes vers Vous être heureusement offerts.
Loin du bruit de la galerie.
Loin du chaos des suppliants.
Quand vous viendrez quelques instants
Respirer à la Tuilerie I
C’est dans ce séjour enchanteur.
Palais de Flore et de^Iinerve,
Que le premier fruit de ma verve Reçut le prix le plus flatteur.
A M. DE BOÜLONONE. 173
Des suffrages dont je conserve Un souvenir cher à mon cœur;
C’est dans ces beaux lieux que j’espère Aller quelque jour vous offrir Le pur encens d’un solitaire,
Avec les fruits de son loisir ;
Et dans les différentes classes D’originaux valant de l’or,
Dont j’ai peint, dans un libre essor.
L’esprit, la sottise, et les grâces,
Vous trouverez peut-être encor Que, même sous un ciel barbare.
J’ai sauvé de l’obscurité
Un rayon de cette gatté
Qui devient aujourd’hui si rare.
Quoique très-bonne à la santé.
ÉPITRE TREIZIÈME