‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 37 sur 134 · V 0 VA G E · texte numérisé non relu

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laite : c’est le pays le plus désert et le plus mort que j’air encore vn.

En quittant ces bords pleins de charmes,

Vn jour auparavant égayés par nos ris.

Presque tenté de verser quatre larmes,

Je suivois lentement des sentiers moins fleuris :

Frappé d’une humeur léthargiqde,

Toujours confident de mon cœur,

Mon esprit se livroit à ma tendre douleur;

, Et l’allure mélancolique

De ma monture apoplectique Redoubloit encor ma lan2:ueur :

Ouand enfin, réveillé par le bruit des sonnettes Du Mercure crotté qui guidoit nos mazettes.

Je vis les compagnons auxquels, dans ce beau cours.

Le sort m’atteloit pour deux joursi ^

De cinq qu’ils étoient je ne vous parlerai que d’un ; les autres n’étoient là que pour balayer quatorze lieues de crotte, et me parurent avoir pris congé depuis longtemps de tout esprit d*amusement; à l’exception d’un mien confrère, qui rioit à répétition une fois par heure, et qui est, pour la gaieté, de la même trempe à peu près que le cadet de la Vedette, quand il sable un œuf à la Hurt-ault. Ainsi mon unique consolation fut un vieux cordelier qui revenoit des eaux de Bourbonne pour se faire enterrer à Flèche :

Attendu la paralysie.

Il ne pouvoit chevaucher aisément;

A LA FLèCHU;

Mais à l’aide d’un cabestan

Nous le guindions artisUuncnt

Sur la piteuse haquenée

One le diable avoit condamnée

A remporter le révérend.

Quoique le bon paler n’eût plus que les facultés do l’ame, il tàchoit encore d’ôtre drôle, et me contoit de la meilleure foi du monde toutes ses histoires : je vous les dirois bien, mais je ne me charge point de les écrire. Il est ici le geôlier de trente-quatre nonnes qui le font enrager, à ce qu’il m^’assura : mais je brise sur cet article.

Attaquez-vous par quelque raillerie ün régiment d’infanterie,

Mars ne fera qu’en rire, il s’en amusera :

Mais si, par malheur, votre muse

> A draper les nonnes s’aniuse,

L’amour-propre s’en vengera ;

Dévotement il rugira.

Et bientôt il vous poursuivra * Jusqu’à La Flèche, et par delà...

J’en reviens à mon bonhomme. Il m’amusa de son mieux, et tâcha de faire les beaux jours du voyage.

Mais quoi qu’il fît pour s’égayer,

Un cordelier paralytique.

Ce n’est plus dans la république ^

Ce qu’on appelle un cordelier.

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