‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 62 sur 134 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Ne pensant, ne voulant, n’étant rien d’elle-môme. Et n’a^^nt d’àme enfin que par celui qu’elle aime. Or, comme je la vois, de bonne qu’elle étoit. N’avoir qu’un ton méchant, ton qu’elle détestoit. Je conclus que Cléon est assez bien chez elle.

Autre conclusion tout aussi naturelle :

Elle en prendra conseil ; vous en croirez le sien Pour notre mariage, et nous ne tenons rien.

GÉRONTE

Ahl je voudrois le voir! corbleu 1 tu vas connoître Si je ne suis qu’un sot, ou si je suis le maître.

J’en v^is dire deux mots à ma très-chère sœur,

Et la faire expliquer. J’ai déjà sur le cœur Qu’elle s’est peu prêtée à bien traiter Ariste ;

Tu m’y fais réfléchir : outre un accueil fort triste, Elle m’avoit tout l’air do se moquer de lui.

Et ne lui répondoit qu’avec un ton d’ennui :

Oh! par exemple, ici tu ne peux pas me dire Que Cléon ait montré le moindre goût do nuire.

Ni do choquer Ariste, ou do contrarier Un projet dont ma sœur paroissoit s’ennuyer,

Car il ne disoit mot.

LISETTE

Non : mais à la sourdine, Quand Ariste parloit, Cléon faisoit la mine;

Il animoit madame en l’approuvant tout bas .

Son air, des demi-mots que vous n’entendiez pas. Certain ricanement, un silence perfide ,

Voilà comme il parloit, et tout cela décide.

Vraiment il n’ira pas se montrer tel qu’il est.

Vous présent : il entend trop bien son intérêt;

LE MÉCHANT

Il se sert dé Florise, et sail se satisfaire

Du mal qu’il ne fait point par le mal qu’il fait faire.

Enfin, à me prêcher vous perdez votre temps.

Je ne l’aimerai pas, j’abhorre les méchants :

Leur esprit me déplaît comme leur caractère ;

Et les bons cœurs ont seuls le talent do me plaire. Vous, monsieur, par exemple, à parler sans fagqn.

Je vous aime; pourquoi ? c’est que vous ôtes bon.

Moi! je ne suis pas bon. Et c’est une sottise Que pour un compliment...

LISETTE

Oui , bonté c’est bêtise ,

Selon ce beau docteur : mais vous en reviendrez.

En attendant, en vain vous vous en défendrez.

Vous ji’êtes pas méchant, et vous ne pouvez l’être. Quelquefois , je le sais, vous voulez le paroître ;

Vous êtes comme un autre, emporté, violent,

Et vous vous fâchez môme assez honnêtement :

Mais au fond la bonté fait votre caractère ,

Vous aimez qu’on vous aime , et je vous en révère.

GÉ R ONTE

Ma sœur vient : tu vas voir si j’ai tant de douceur,

Et si je suis si bon.

Voyons.

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