‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 72 sur 134 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Et, sur la fille alors arrêtant mon espoir,

Je laisserai la mère à qui voudra l’avoir.

Peut-être tout ceci n’est que vaines chimères.

FRONTIN

Je le croirois assez.

CLÉON

Aussi n’y tiens-je-guères.

Et je ne m’en fais point un fort grand embarras :

Si rien ne réussit, je ne m’en pendrai pas.

Je puis avoir Chloé, je puis avoir Florise;

Mais, quand je manquerois l’une et l’autre entreprise,

J’aurai, chemin faisant, les ayant conseillés.

Le plaisir d’ôtro craint et de les voir brouillés.

FRONTIN

Fort bien ! mais si j’osois vous dire en confidence Où cela va tout droit...

Eh bien?

FRONTIN

En conscience,

Cela vise à nous voir donner notre congé.

Déjà, vous le savez, et j’en suis affligé, *

Pour vos maudits plaisirs on nous a pour la vie Chassés de vingt maisons.

CLÉON

Chassés I quelle folie!

FRONTIN

Oh! c’est un mot pour l’autre, et puisqu’il faut choisir, Point chassés, mais priés de ne plus revenir:

Comment n’aimez-vous pas un commerce plus stable? Avec tout votre esprit, et pouvant être aimable,

LE MECHANT

Ne prétondez-vous donc qu’au triste amusement . De vous faire haïr universellement?

CLÉON

Cola m’est fort égal : on me craint, on m’estime;

C’est tout ce que je veux; et je tiens pour maxime Que la plate amitié, dont on fait tant de cas,

No vaut pas les plaisirs des gens qu’on n’aime pas : Être cité, mêlé dans toutes les querelles,

Les plaintes, les rapports, les histoires nouvelles,

Être craint à la fois et désiré partout,

Voilà ma destinée et mon unique^ goût.

Quant aux amis, crois-moi, ce vain nom qu’on se donne Se prend chez tout le monde, et n’est vrai chez personne ; J’en ai mille, et pas un. Veux-tu que, limité Au petit cercle obscur d’une société.

J’aille m’ensevelir dans quelque coterie ?

Je vais où l’on me plaît, je pars quand on m’ennuie.

Je m’établis ailleurs, me moq^uant au surplus D’être haï des gens chez qui je ne vais plus :

C’est ainsi qu’en ce lieu, si la chance varie,

Je compte planter là toute la compagnie,

FRONTIN

Cela vous plaît à dire, et ne m’arrange pas :

De voir tout Tunivers vous pouvez faire cas;

Mais je suis las, monsieur, de cette vie errante : Toujours visages neufs, cela m’impatiente;

On ne peut, grâce à vous, qonserver un ami.

On est tantôt au nord, et tantôt au midi :

Quand je vous crois logé, j’y compte, je me lie Aux femmes de madame, et je fais leur partie,

J’ose môme avancer que je vous fais honneur ;

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