‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 125 sur 137 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FLORISE, AIIISTE.

C'est trop vous désoler.

En vérité, madame, il ne vaut point la peine Du moindre sentiment de colère ou de haine : Libre de vos chagrins, partagez seulement Le plaisir que Chloé ressent en ce moment D'avoir pu recouvrer l'amitié de sa mère, Et de vous voir sensible à l'espoir de Valère. Vous ne m'étonnez point, au reste , et vous deviez Attendre de Cléon tout ce que vous voyez.

FLORISE

Qu'on ne m'en parle plus : c'est un fourbe exécrable , Indigne du nom d'homme, un monstre abominable. Trop tard pour mon malheur je déteste aujourd'hui Le moment où j'ai pu me lier avec lui. Je suis outrée!

Il faut, sans tarder, sans mystère, Qu'il soit chassé d'ici.

FLORISE

Je ne sais comment faire ,

Je le crains ; c'est pour moi le plus grand embarras.

Méprisez-le à jamais, vous ne le craindrez pas.

Voulez-vous avec lui vous abaisser à feindre?

Vous l'honoreriez trop en paraissant le craindre;

Osez l'apprécier : tous ces gens redoutés,

Fameux par les propos et par les faussetés ,

Vus de près ne sont rien; et toute cette espèce

N'a de force sur nous que par notre faiblesse :

Des femmes sans esprit , sans grâces, sans pudeur,

Des hommes décriés , sans talents, sans honneur,

Verront donc à jamais leurs noirceurs impunies,

Nous tiendront dans la crainte à force d'infamies,

Et se feront un nom d'une méchanceté

Sans qui l'on n'eût pas su qu'ils avaient existé !

Non; il faut s'épargner tout égard, toute feinte;

Les braver sans faiblesse , et les nommer sans crainte.

Tôt ou tard la vertu, les grâces, les talents,

Sont vainqueur* des jaloux, et vengés des méchants.

floiuse.

Mais songez qu'il peut nuire à toute ma famille. Qu'il va tenir sur moi , sur Géronte et ma fille Les plus affreux discours....

Qu'il parle mal ou bien* 11 est déshonoré, ses discours ne sont rien; Il vient de couronner l'histoire de sa vie :

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