ACTE V, SCÈNE IV
Je vais mettre le comble à son ignominie
En écrivant partout les détails odieux
De la division qu'il semait en ces lieux.
Autant qu'il faut de soins, d'égards et de prudence
Tour ne point accuser l'honneur et l'innocence ,
Autant il faut d'ardeur, d'inflexibilité
Pour déférer un traître à la société;
Et l'intérêt commun veut qu'on se réunisse
Pour flétrir un méchant, pour en faire justice.
J'instruirai l'univers de sa mauvaise foi
Sans me cacher ; je veux qu'il sache que c'est moi :
Un rapport clandestin n'est pas d'un honnête homme;
Quand j accuse quelqu'un, je le dois, et me nomme.
FLORISE
Non ; si vous m'en croyez , laissez-moi tout le soin De l'éloigner de nous sans éclat, sans témoin. Quelque peine que j'aie à soutenir sa vue, Je veux l'entretenir, et dans cette entrevue Je vais lui faire entendre intelligiblement Qu'il est de trop ici : tout autre arrangement Ne réussirait pas sur l'esprit de mon frère; Cléou plus que jamais a le don de lui plaire; Ils ne se quittent plus, et Géronte prétend Qu'il doit à sa prudence un service important. Enfin , vous le voyez , vous avez eu beau dire Qu'on soupçonnait Cléon d'une affreuse satire.
Géronte ne croit rien : nul doute, nul soupçon N'a pu faire sur lui la moindre impression.... Mais ils viennent , je crois : sortons ; je vais attendre Que Cléon soit tout seul.