‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 24 sur 137 · SUR UN MARIAGE · texte numérisé non relu

SUR UN MARIAGE

k3ï1R un rivage solitaire

Où, malgré tout l'ennui du temps,

Les frimats, la neige, les vents,

Le faible jour qui nous éclaire ,

La tranquille raison préfère

Un foyer champêtre, écarté,

Et le ciel de la liberté,

A l'étroite et lourde atmosphère

Des paravents de la cité ,

Au milieu du sombre silence

De la triste uniformité,

Et de toute la violence

D'un hiver qui sera cité ,

Et qui, soit dit sans vanité ,

Prête à nos champs de Picardie

L'austère et sauvage beauté

Des montagnes de Laponie ;

Un bon hermile, confiné

Dans sa cabane rembrunie ,

Et par cette bise ennemie , »3

A son grand regret, délourné

Du charme d'occuper sa vie

Dès la renaissante clarté ,

Et de l'habitude chérie

D'aller voir avec volupté

Ses arbres, son chant, sa prairie «

Parcourait par oisiveté

Une multitude infinie

D'écrits nouveaux sans nouveauté ,

De phrases sans nécessité ,

Et de rimes sans poésie ;

Et, dans la belle quantité

Des œuvres dont nous gratifie

La féconde inutilité ,

Et je ne sais quelle manie

D'une pauvre célébrité ,

Il admirait l'éternité

Des almanachs que le génie ,

Qui nous gagne de tout côté ,

Fabrique, réchauffe, amplifie*

Pour éclairer l'humanité ,

Et réjouir la compagnie.

Glacé, privé de tout rayon

De cette lumière féconde

Qui colore, embellit, seconde

L'heureuse imagination ;

Page 1