SUR UN MARIAGE
k3ï1R un rivage solitaire
Où, malgré tout l'ennui du temps,
Les frimats, la neige, les vents,
Le faible jour qui nous éclaire ,
La tranquille raison préfère
Un foyer champêtre, écarté,
Et le ciel de la liberté,
A l'étroite et lourde atmosphère
Des paravents de la cité ,
Au milieu du sombre silence
De la triste uniformité,
Et de toute la violence
D'un hiver qui sera cité ,
Et qui, soit dit sans vanité ,
Prête à nos champs de Picardie
L'austère et sauvage beauté
Des montagnes de Laponie ;
Un bon hermile, confiné
Dans sa cabane rembrunie ,
Et par cette bise ennemie , »3
A son grand regret, délourné
Du charme d'occuper sa vie
Dès la renaissante clarté ,
Et de l'habitude chérie
D'aller voir avec volupté
Ses arbres, son chant, sa prairie «
Parcourait par oisiveté
Une multitude infinie
D'écrits nouveaux sans nouveauté ,
De phrases sans nécessité ,
Et de rimes sans poésie ;
Et, dans la belle quantité
Des œuvres dont nous gratifie
La féconde inutilité ,
Et je ne sais quelle manie
D'une pauvre célébrité ,
Il admirait l'éternité
Des almanachs que le génie ,
Qui nous gagne de tout côté ,
Fabrique, réchauffe, amplifie*
Pour éclairer l'humanité ,
Et réjouir la compagnie.
Glacé, privé de tout rayon
De cette lumière féconde
Qui colore, embellit, seconde
L'heureuse imagination ;