‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 26 sur 137 · CONTROLEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CONTROLEUR GÉNÉRAL

uustre aimable , heureux génie , Que le bonheur de la patrie Appelle aux travaux de Colbert > Dans cette cour qui de concert Vous félicite et vous implore , Pouvez-vous reconnaître encore Une voix qui vient du désert?

Depuis l'instant où la puissance Du plus chéri des souverains A remis dans vos sages mains L'urne heureuse de l'abondance Pour la splendeur de nos destins , Des importuns de toule espèce 9 D-s ennujeux de tous les rangs , Des jens joyeux avec tristesse, Des machines à compliments , Vous auront excédé sans cesse De fadeurs , de propos charmants ,

Déployant avec gentillesse L'ennui dans tous ses agréments ; Vous avez essuyé , sans doute , Le poids des discours arrangés ; Les [notée leurs , les protégés , Tout s'est courbé sur yotre route :

Les grands entourent la faveur ; La foule vole à l'espérance ; Tout environne , tout encense Le temple brillant du bonheur:

Vous aurez vu toute la France,.

Moi qui , séparé des vivants , Dans ma profonde solitude Ignore le jargon des grands Et celui de la multitude, Je ne viens point d'un vain encens Surcharger votre lassitude De gloire et d'applaudissements :

Je déplorerais au contraire Les travaux toujours renaissants, Et le joug où le ministère Vient attacher tous vos moments , Si je n'aimais trop ma patrie Pour plaindre les brillants liens Dont elle enchaîne votre vie.

A M. DE BOULLONGNE. i$ij

Elle parle, il faut que j'oublie

Tous vos intérêts pour les siens.

Pardon nez ce brusque langage

Aux mœurs franches de mon séjour :

C'est le compliment d'un sauvage,

Qui , loin de la langue du jour ,

Loin des souplesses de l'usage ,

Et trouvant pour vous son hommage

Gravé dans un cœur sans détour,

N'en veut pas savoir davantage.

Si je mêle si tard ma voix

A l'alégresse générale ,

L'ignorance provinciale

N'excuse pas ses tristes droits.

Réduit, pour toute nourriture,

A m'instruire , à m'orner l'esprit

Dans la gazette ou le mercure ,

Sur ce qui se fait et se dit

Je ne sais rien qu'à l'aventure ;

Je parle quand il n'est plus temps,

Et les nouvelles ont mille ans

Quand l'imprimeur me les assure.

Ce n'est que dans ces lieux brillants

Qu'enrichit la Seine féconde

Des heureux tributs de son onde

Que Ton sait tout , que l'on sait bien :

iqo EPITRE

Ailleurs , on n'est plus de ce monde ; On sait trop tard , on ne sait rien.

O province ! que ta lumière Languit sous des brouillards épais !

Et, sur les plus simples objets, Quelle stupidité plénière !

Un seul Irait parmi les journaux De l'imbécilité profonde De nous autres provinciaux Montre combien dans nos propos Nous sommes au fait de ce monde , Et présente dans tout leur jour Notre force et nos connaissances Sur l'usage et ses dépendances, Sur les nouvelles et la cour.

Ce trait excusera mon zèle De vous être si tard offert, Grâce à l'éclipsé habituelle Dont notre mérite est couvert.

Mon anecdote n'est pas neuve ; Mais les provinciaux passés Sont trop dignement remplacés Vour que le temps nuise à ma preuve.

Quand Vardes revint à la cour , Rappelé par la bienfaisance ,

A M. DE BOULLONGNE. rgi

Après un très-mortel séjour

De province et de pénitence ,

Louis quatorze , avec bonté ,

S'informant du genre de vie

Qu'il avait mené, du génie,

Du ton de la société ,

Au lieu qu'il avait habité :

« Sire , excellente compagnie ,

De l'esprit comme on n'en a point ,

Gens charmants, instruits de tout point,

Et d'une ressource infinie.

Ce sont des conversations Incroyables , fort amusantes ; Il s'y traite des questions Très-neuves , très-intéressantes.

Par exemple , quand je partis , On avait mis sur le tapis Un problême assez difficile , Et sur lequel toute la ville Parlait sans pouvoir s'accorder :

La question était critique ; Il s'agissait de décider Une matière politique , Et qui de votre majesté Ou de Monsieur était l'aîné. »

Sur notre gauloise ineptie

ig'i EPITRE

C'est trop arrêter vos regards , Tandis que la gloire , les arls , Et le bonheur de la patrie , Vous occupent de toutes parts ; Tandis que votre main féconde Soutient , dans ses brillants travaux , Le pavillon et les drapeaux Du pacificateur du monde.

Puissent mon hommage et mes vers Vous êlre heureusement offerts , Loin du bruit de la galerie , Loin du chaos des suppliants , Quand vous viendrez quelques instants Respirer à la Tuilerie !

C'est dans ce séjour enchanteur, Palais de Flore et de Minerve , Que le premier fruit de ma verve Reçut le prix le plus flatteur , Des suffrages dont je conserve Un souvenir cher à mon cœur.

C'est dans ces beaux lieux que j'espère Aller quelque jour vous offrir Le pur encens d'un solitaire , Avec les fruits de son loisir; Et dans les différentes classes D'originaux , valant de l'or ,

A M. DE BOULLONGNB. i95

Dont j'ai peint , dans un libre essor , L'esprit, la sottise et les grâces, Vous trouverez peut-être encor Que , même sous un ciel barbare , J'ai sauvé de l'obscurité Un rayon de cette gaîté Qui devient aujourd'hui si rare, Quoique très-bonne à la sanlé.

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