‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 27 sur 137 · SUR L S TABLEAUX · texte numérisé non relu

SUR L S TABLEAUX

exposés À l'académie royale de peinture e:< i 73^.

k3i l'on en croit les plaintes chagrines

De quelques frondeurs décriés,

Et les satires clandestines

De quelques auteurs oubliés ,

Tout s'anéantit dans la France ;

Le goût, les arts les plus brillants,

Tout meurt sous des dieux indolents ;

Et, dévoués à l'opulence,

Nos jours ramènent l'ignorance

Sur la ruine des talents.

Mais quelle lumière nouvelle

Dissipe le sommeil des arts !

De la divinité d'Apelle

Le temple s'ouvre à mes regards.

Naissez, sortez de vos ténèbres,

Elèves de cet art charmant

Qui, de la nuit du monument

Sauve les spectacles célèbres ,

Et fixe la légèreté

VERS SUR LES TABLEAUX. i;T)7. mjS

De la fugitive beauté !

De vos maîtres que clans ce temple La patrie honore et contemple, Distinguez , saisissez les traits ; Et, par le talent et l'exemple, Elevés aux mêmes succès , D'une gloire contemporaine Méritez les fruits les plus doux :

C'est la seule gloire certaine , Et l'avenir n'est rien pour nous. Si, dans cette illustre carrière, La Peinture sur ses autels De Rigault ni de l'Ârgilière N'offre point les traits immortels , A juste titre elle a pu croire Que c'était assez pour sa gloire , Assez pour enseigner ses lois, D'offrir les Coypels , les de Troys, Et de conduire sur ses traces Vanlo , le fils de la gaîfé, Le peintre de la volupté, Et Nattier, l'élève des Grâces, Et le peintre de la beauté.

Quel présage pour Polymnie !

La gloire des dieux du pinceau A la reine de l'harmonie

ïçfi VERS SUR LES TABLEAUX

Annonce un triomphe nouveau.

Après les exploits de Bellone , Sous le règne du dernier Mars, La même main guidait au trône Les Racines et les Mignards.

Vous donc , et Pâme et le Mécène Des progrès d'un art fortuné, Ouvrez des muses de la Seine Le sanctuaire abandonné :

Des amans de la Poésie Qu'on y dépose les travaux, Et que, sans basse jalousie, Admirateurs de leurs rivaux , Ils y partagent l'ambroisie.

Par de réciproques secours Augmentant leur clarté féconde , Les astres éclairent le monde Sans se combattre dans leur cours.

Crébillon des royaumes sombres * Nous peindra les plaintives ombres Et les célèbres malheureux ; Voltaire du tendre Elysée ** Peindra les mânes généreux; Et , descendu de l'Empyrée ,

* La Tragédie.

** Le Poëme épique.

EXPOSÉS EN i;3;. 197

Rousseau viendra peindre les dieux * ; Quelques favoris de ïhalie Sauront, avec légèreté, Crayonner l'erreur, la folie**, L'histoire de l'humanité :

Des fleurs, un myrte, une bergère.

Seront les jeux de mes crayons; Ou , si Calliope m'éclaire Et m'échauffe de ses rayons, J'offrirai l'image chérie D'un ministre à qui la patrie , Dans ses combats et ses succès, Dut l'abondance , l'industrie , Et l'éclat des jours de la paix ; Et qui, protecteur du génie, Va, dans le silence de Mars, Rendre les beaux arts à la vie , Et rendre Colbert aux beaux arts.

Ut pictura poesis crit. Horat.

* L'ode.

** La comedie.

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