‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 32 sur 137 · LA MORT DE SA FILLE, RELIGIEUSE A ARRAS · texte numérisé non relu

LA MORT DE SA FILLE, RELIGIEUSE A ARRAS

(J ne douleur obstinée

Change en nuits vos plus beaux jours ;

Près d'un tombeau prosternée,

Voulez- vous pleurer toujours?

Le chagrin qui vous dévore

Chaque jour avant l'aurore

Réveille vos soins amers ;

La nuit vient et trouve encore

Vos yeux aux larmes ouverts.

Trop justement attendrie, Vous avez dû pour un temps Plaindre une fille chérie Moissonnée en son printemps :

Dans ses premières alarmes, La plainte même a des charmes Dont un cœur tendre est jaloux ; Loin de condamner vos larmes, J'en répandais avec vous.

ODE A UNE DAME SUR LA MORT. ai3

Mais c'est être trop constante Dans de mortels déplaisirs ; La nature se contente D'un mois entier de soupirs.

Hélas ! un chagrin si tendre Sera-t-il su de la cendre , Ombre encor cher à nos cœurs ?

Non, tu ne peux nous entendre, Ni répondre à nos clameurs.

La plainte la plus amère N'attendrit pas le destin ; Malgré les cris d'une mère, La Mort retient son butin :

Avide de funérailles, Ce monstre né sans entrailles Sans cesse armé de flambeaux , Erre autour de nos murailles , Et nous creuse des tombeaux.

La Mort, dans sa vaste course, Voit des parents éplorés Gémir ( trop faible ressource ! ) Sur des enfans expirés :

Sourde à leur plainte importune.

Elle unit leur infortune

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