LA MORT DE SA FILLE, RELIGIEUSE A ARRAS
(J ne douleur obstinée
Change en nuits vos plus beaux jours ;
Près d'un tombeau prosternée,
Voulez- vous pleurer toujours?
Le chagrin qui vous dévore
Chaque jour avant l'aurore
Réveille vos soins amers ;
La nuit vient et trouve encore
Vos yeux aux larmes ouverts.
Trop justement attendrie, Vous avez dû pour un temps Plaindre une fille chérie Moissonnée en son printemps :
Dans ses premières alarmes, La plainte même a des charmes Dont un cœur tendre est jaloux ; Loin de condamner vos larmes, J'en répandais avec vous.
ODE A UNE DAME SUR LA MORT. ai3
Mais c'est être trop constante Dans de mortels déplaisirs ; La nature se contente D'un mois entier de soupirs.
Hélas ! un chagrin si tendre Sera-t-il su de la cendre , Ombre encor cher à nos cœurs ?
Non, tu ne peux nous entendre, Ni répondre à nos clameurs.
La plainte la plus amère N'attendrit pas le destin ; Malgré les cris d'une mère, La Mort retient son butin :
Avide de funérailles, Ce monstre né sans entrailles Sans cesse armé de flambeaux , Erre autour de nos murailles , Et nous creuse des tombeaux.
La Mort, dans sa vaste course, Voit des parents éplorés Gémir ( trop faible ressource ! ) Sur des enfans expirés :
Sourde à leur plainte importune.
Elle unit leur infortune