ACTE I, SCÈNE II
Que Cléon ait montré le moindre goût de nuire, Ni de choquer Ariste, ou de contrarier Un projet dont ma sœur paraissait s'ennuyer, Car il ne disait mot.
LISETTE
Non , mais à la sourdine, Quand Ariste parlait, Cléon faisait la mine ; Il animait madame en l'approuvant tout bas : Son air, des demi-mots que vous n'entendiez pas, Certain ricanement, un silence perfide; Voilà comme il parlait, et tout cela décide. Vraiment il n'ira pas se montrer tel qu'il est Vous présent : il entend trop bien son intérêt; Il se sert de Florise , et sait se satisfaire Du mal qu'il ne fait point, par le mal qu'il fait faire. Enfin , à me prêcher vous perdez votre temps : Je ne l'aimerai pas, j'abhore les méchants : Leur esprit me déplaît comme leur caractère. Et les bons cœurs ont seuls le talent de me plaire. Vous, monsieur, par exemple, à parler sans façon, Je vous aime; pourquoi? c'est que vous êtes bon.
céronte.
Moi ! je ne suis pas bon. Et c'est une sottise Que pour un compliment...
LISETTE
Oui, bonté c'est bêtise,
Selon ce beau docteur : mais vous en reviendrez. En attendant, en vain vous vous en défendrez, Vous n'êtes pas méchant, et vous ne pouvez l'être. Quelquefois, je le sais, vous voulez le paraître; Vous êtes, comme un autre, emporté, violent, Et vous vous fâchez même assez honnêtement : Mais au fond la bonté fait votre caractère , Vous aimez qu'on vous aime, et je vous en révère,
GERONTE.
Ma sœur vient : tu vas voir si j'ai tant de douceur, Et si je suis si bon.
LISETTE
Voyons.