ACTE II, SCÈNE I. sB
Se voir avec Chloè l'enfant de la maison , Prétend-il vous parler sans se faire connaître?
CLÉON
Quand il en sera temps , je le ferai paraître.
FRONTIN
Je n'y vois pas trop clair : mais le peu que j'y voi Me paraît mal à vous , et dangereux pour moi. Je vous ai, comme un sot, obéi sans mot dire; J'ai réfléchi depuis. Vous m'avez fait écrire Deux lettres, dont chacune, en honnête maison, A celui qui l'écrit vaut cent coups de bâton.
CLÉON
Je te croyais du cœur. Ne crains point d'aventure : Personne ne connaît ici ton écriture; Elles arriveront de Paris. Et pourquoi Veux-tu que le soupçon aille tomber sur toi? La mère de Valère a sa lettre, sans doute; Et celle de Géronte?
FRONTIN
Elle doit être en route :
La poste d'aujourd'hui va l'apporter ici ; Mais sérieusement tout ce manège-ci M'alarme, me déplaît, et, ma foi, j'en ai honte. Y pensez-vous, monsieur? Quoi ! Florise et Géronte Yous comblent d'amitié, déplaisirs et d'honneurs, £t vous mandez sur eux quatre pages d'horreurs!
Valère, d'autre part, vous aime à la folie : Il n'a d'autre défaut qu'un peu d'étourderie , Et , grâce à vous , Géronte en va voir le portrait Comme d'un libertin et d'un colifichet.
Cela finira mal.
CLÉON
Oh! tu prends au tragique Un débat qui pour moi ne sera que comique; Je me prépare ici de quoi me réjouir, Et la meilleure scène, et le plus grand plaisir... J'ai bien voulu pour eux quitter un temps la ville : Ne point m'en amuser, serait être imbécille; Un peu de bruit rendra ceci moins ennuyeux, Et me paîra du temps que je perds avec eux. Valère à mon projet lui-même contribue : C'est un de ces enfants dont la folle recrue Dans les sociétés vient tomber tous les ans, Et lasse tout le monde, excepté leurs parents. Croirais-tu que sur moi tout son espoir se fonde? Le hasard me l'a fait rencontrer dans le monde ; Ce petit étourdi s'est pris de goût pour moi, Et me croit son ami, je ne sais pas pourquoi. Avant que dans ces lieux je vinsse avec Florise , J'avais tout arrangé pour qu'il eût Cidalise : Elle a, pour la plupart, formé nos jeunes gens : J'ai demandé pour lui quelques mois de son temps,