ACTE II, SCÈNE I
C'est tout ce que ie veux, et je tiens pour maxime Que la plate amitié, dont on fait tant de cas, Ne vaut pas les plaisirs des gens qu'on n'aime pas. Être cité, mêlé dans toutes les querelles, Les plaintes, les rapports, les histoires nouvelles, Être craint à la fois et désiré partout, Voilà ma destinée et mon unique goût.
Quant aux amis, crois-moi, ce vain nom qu'on se donne, Se prend chez tout le monde et n'est vrai chez personne. J'en ai mille, et pas un. Veux-tu que limité Au petit cercle obscur d'une société , J'aille m'ensevelir dans quelque coterie ? Je vais où l'on me plaît, je pars quand on m'ennuie, Je m'établis ailleurs, me moquant au surplus D'être haï des gens chez qui je ne vais plus : C'est ainsi qu'en ce lieu, si la chance varie, Je compte planter là toute la compagnie.
FKONTIN.
Cela vous plaît à dire, et ne m'arrange pas : De voir tout l'univers vous pouvez faire cas ; Mais je suis las, monsieur, de cette vie errante : Toujours visages neufs, cela m'impatiente. On ne peut, grâce à vous, conserver un ami; On est tantôt au Nord, et tantôt au Midi. Quand je vous crois logé , j'y compte, je me lie Aux femmes de madame, et je fais leur partie ;
J'ose même avancer que je vous fais honneur : Point du tout, on vous chasse, et votre serviteur. Je ne puis plus souffrir cette humeur vagabonde, Et vous ferez tout seul le voyage du monde. Moi, j'aime ici, j'y reste.
CLEON
Et quels sont les appas, L'heureux objet... , ?
FBONTIN.
Parbleu ! ne vous en moquez pas; Lisette vaut, je crois, la peine qu'on s'arrête; Et je veux l'épouser.
CLEON
Tu serais assez bête Pour te marier, toi ! ton amour, ton dessein , N'ont pas le sens commun.
rnoNTiN.
Il faut faire une fin ; Et ma vocation est d'épouser Lisette.
J'aimais assez MaTton , et Nérine, et Finette , Mais quinze jours chacune , ou toutes à la fois; Mon amour le plus long n'a point passé le mois : Mais ce n'est plus cela, tout autre amour m'ennuie; Je suis fou de Lisette, et j'en ai pour la vie.
CLÉON
Quoi! tu veux te mêler aussi de sentiment?