ACTE II, SCÈNE I. 29L
Dont je tourne à mon gré l'esprit faux et frivole,
Qui, malgré l'âge, encore a des prétentions,
Et me croit transporté de ses perfections,
Florise pense à moi. C'est pour notre avantage
Qu'elle veut de Chloé rompre le mariage,
Vu que l'oncle à la nièce assurant tout son bien ,
S'il venait à mourir,, Florise n'aurait rien.
Le point est d'empêcher qu'il ne se dessaisisse ;
Et je souhaite fort que cela réussisse.
Si nous pouvons parer cette donation ,
Je ne répondrais pas d'une tentation
Sur cet hymen secret dont Florise me presse»
D'un bien considérable elle sera maîtresse,
Et je n'épouserais que sous condition
D'une très-bonne part dans la succession.
D'ailleurs Géronte m'aime : il se peut très-bien faire
Que son choix me regarde en renvoyant Valéry;
Et sur la fille alors arrêtant mon espoir,
Je laisserai la mère à qui voudra l'avoir.
Veut-être tout ceci n'est que vaines chimères.
FRONTIX.
Je le croirais assez.
CLÉON
Aussi n'y tiens-je guères, Et je ne m'en fais point un fort grand embarras : Si rien ne réussit, je ne m'en pendrai pas.
Je puis avoir Chloé, je puis avoir Florise;
Mais, quand je manquerais l'une et l'autre entreprise ,
J'aurai, chemin faisant, les ayant conseillés,
Le plaisir d'être craint et de les voir brouillés.
FRONTIN
Fort bien ! Mais si j'osais vous dire en confidence Où cela va tout droit. . .
CLEON
Eh bien?
FRONTIN
En conscience, Cela vise à nous voir donner notre congé. Déjà, vous le savez, et j'en suis affligé, Pour vos maudits plaisirs on nous a pour la vie Chassés de vingt maisons.
CLÉ ON
Chassés ! quelle folie !
FRONTIN
Oh! c'est un mot pour l'autre, et puisqu'il faut choisir, Point chassés , mais priés de ne plus revenir. Comment n'aimez-vous pas un commerce plus stable ? Avec tout votre esprit, et pouvant être aimable, Ne prétendez-vous donc qu'au triste amusement De vous faire haïr universellement ?
CLÉON
Cela m'est fort égal : on me craint, on m'estime;