ACTE III, SCENE VI
M'autorise à parler au nom de votre mère, De grâce , expliquez-moi ce voyage secret Qu'aujourd'hui même ici vous avez déjà fait.
VALERE
Vous savez....?
AltîSTE.
Je le sais.
Ce n'est point un mystère Bien merveilleux; j'avais à parler d'une affaire Qui regarde Cléon et m'intéresse fort ; J'ai voulu librement l'entretenir d'abord , Sans être interrompu par la mère et la fille, Et nous voir assiégés de toute une familje : Comme il est mon ami ...
Lui...
VALÈRE
Mais assurément*
Vous osez l'avouer ?
VALERE
Ah ! très-parfaitement :
C'est un homme d'esprit * de bonne compagnie ; Et je suis son ami de cœur et pour la vie. Oh ! ne l'est pas qui veut.
Et si l'on vous montrait Que vous le haïrez ?
VALERE
On serait bien adroit.
A1USTE
Si Ton vous faisait voir que ce bon air, ces grâces, Ce clinquant de l'esprit , ces trompeuses surfaces , Cachent un homme affreux, qui veut vous égarer, Et que l'on ne peut voir sans se déshonorer?
VALÈRE
C'est juger par des bruits de pédants, de commères.
£ïon , par la voix publique ; elle ne trompe guères. Géronte peut venir, et je n'ai pas le temps De vous instruire ici de tous mes sentiments : Mais il faut sur Cléon que je vous entretienne , Après quoi choisissez son commerce ou sa haine. Je sens que je vous lasse , et je m'aperçois bien , A vos distractions, que vous ne croyez rien : Mais , malgré vos mépris , votre bien seul m'occupe ; Il serait odieux que vous fussiez sa dupe. L'unique grâce encor qu'attend mon amitié 5 C'est que vous n'alliez point paraître si lié Avec lui : vous verrez avec trop d'évidence Que je n'exigeais pas une vaine prudence.