ACTE I, SCÈNE IV
Vous l’avez accablé, contredit, abruti;
Croyez-vous qu’il soit sourd, et qu’il n’ait rien senti , Quoiqu’il n’ait rien marqué? Vous autres, fortes tètes, Vous voilà 1 vous prenez tous les gens pour des bêtes; Et, ne ménageant rien...
FLORISE
Eh mais! tant pis pour lui,
S’il s’en est offensé ; c’est aussi trop d’ennui, S’ilfaut, à chaque mouvoir comme on peut le prendre. Je dis ce qui me vient, et l’on peut me le rendre : Le ridicule est fait pour notre amusement,
Et la plaisanterie est libre.
GÉRONTE
Mais, vraiment,
Je sais bien, comme vous, qu’il faut un peu médire ; Mais, en face des gens, il est trop fort d’en rire. Pour conserver vos droits, je veux bien vous laisser Tous ces lourds campagnards que j e voudrais chasser Quand ils viennent : raillez leurs façons, leur langage,
Et tout l’arrière-ban de notre voisinage ;
Mais grâce, je vous prie, et plus d’attention Pour Ariste. Il revient. Faites réflexion Qu’il me croira, s’il est traité de même sorte,
Un maître à qui bientôt on fermera sa porte :
Je ne crois pas avoir cet air-là, Dieu merci.
Enfin, si vous m’aimez, traitez bien mon ami.
Par malheur, je n’ai point l’art de me contrefaire. Il vient pour un sujet qui ne saurait me plaire,
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LE MÉCHANT
Et je le marquerais indubitablement :
Je ne sortirai pas de mon appartement.
GÉRONTE
Ce serait une scène.
FLORINE
Eh non ! je ferai dire
Que je suis malade.
GÉRONTE
Oh ! toujours me contredire !
FLORISE
Mais, marier Chloé î mon frère, y pensez-vous ? Elle est si peu formée, et si sotte, entre nous...
GÉRONTE
Je ne vois pas cela. Je lui trouve, au contraire, De l’esprit naturel, un fort bon caractère ;
Ce qu’elle est devant vous ne vient que d’embarras. On imaginerait que vous ne l’aimez pas,
A vous la voir traiter avec tant de rudesse.
Loin de l’encourager, vous l’effrayez sans cesse ; Et vous l’abrutissez dès que vous lui parlez.
Sa figure est fort bien d’ailleurs.
FLORISE
Si vous voulez.
Mais c’est un air si gauche, une maussaderie... GÉRONTE, élevant la voix en apercevant Lisette.
Tout comme il vous plaira. Finissons, je vousprie. Puisque je l’ai promis, je veux bien voir Cléon, Parce que je suis sûr de sa décision.