FLORISE, LISETTE
FLORISE
Eh bien ! Cléon
Paraîtra-t-il bientôt?
LISETTE
Mais oui, si ce n’est non.
FLORISE
Comment donc?
LISETTE
Mais, madame, au ton dont il s’explique, A son air, où l’on voit dans un rire ironique L’estime de lui-même et le mépris d’autrui, Comment peut-on savoir ce qu’on tient avec lui ? Jamais ce qu’il vous dit n’est ce qu’il veut vous dire. Pour moi, j’aime les gens dont l’âme peut se lire, Qui disent bonnement oui pour oui, non poumon. FLORISE
Autant que je puis voir, vous n’aimez pas Cléon.
LE MÉCHANT
LISETTE
Madame, je serai peut-être trop sincère ;
Mais il a pleinement le don de me déplaire.
On lui croit de l’esprit, vous dites qu’il en a ;
Moi, je ne voudrais point de tout cet esprit-là, Quand il serait pour rien. Je n*y vois, je vous jure, Qu’um style qui n’est pas celui de la droiture ;
Et, sous cet air capable, où l’on ne comprend rien, S’il cache un honnête homme, il le cache très bien.
Tous vos raisonnements ne valent pas la peine Que j’y réponde; mais, pour calmer cette haine, Disposez pour Paris tout votre arrangement :
Vous y suivrez Chloé; je l’envoie au couvent. Dites-lui de ma part...
LISETTE
Voici mademoiselle.
Vous-même apprenez-lui cette belle nouvelle.
FLORISE, à Chloé , qui lui baise la main.
Vous êtes aujourd’hui coiffée à faire horreur !
(Elle sort.)