‹ Œuvres choisies de GressetChapitre 35 sur 94 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

De sourire à des traits un peu forts pour son âge, Je la crois avancée, et, sans trop me vanter,

Si je m’étais donné la peine de tenter...

Enfin, si je n’ai pas suivi cette conquête,

La faute en est aux dieux , qui la firent si bête.

VALÈRE

Assurément, Chloé serait une beauté,

Que sur ce portrait-là j’en serais peu tenté. Allons, je vais partir; et comptez que j’espère Dans deux heures d'ici désabuser ma mère.

Je laisse en bonnes mains...

CLÉON

Non, il vous faut rester.

VALÈRE

Mais comment! voulez-vous ici me présenter? CLÉON

Non pas dans le moment, dans une heure, VALÈRE

A votre aise.

CLÉON

Il faut que vous alliez retrouver votre chaise ; Dans l’instant que Géronte ici sera rentré (Car c’est lui qu’il nous faut), je vous le manderai; Et vous arriverez par la route ordinaire,

Comme ayant prétendu nous surprendre et nous plaire.

VALÈRE

Comment concilier cet air impatient,

Cette galanterie, avec mon compliment?

LE MÉCHANT

C’est se moquer de l’oncle, et c’est me contredire; Toute mon ambassade est réduite à lui dire Que je serai (soit dit dans le plus simple aveu) Toujours son serviteur, et jamais son neveu.

CLÉ o N

Et voilà justement ce qu'il ne faut pas faire ;

Ce ton d’autorité choquerait votre mère :

Il faut dans vos propos paraître consentir,

Et tâcher, d’autre part, de ne point réussir. Ecoutez : conservons toutes les vraisemblances ; On ne doit se lâcher sur les impertinences Que selon le besoin, selon l’esprit des gens;

Il faut, pour les mener, les prendre dans leur sens : L’important est d’abord que l’oncle vous déteste; Si vous y parvenez, je vous réponds du reste.

Or, notre oncle est un sot qui croit avoir reçu Toute sa part d’esprit en bon sens prétendu;

De tout usage antique amateur idolâtre,

De toutes nouveautés frondeur opiniâtre ;

Homme d’un autre siècle, et ne suivant en tout Pour ton qu’un vieil honneur, pour loi que le vieux goût;

Cerveau des plus bornés, qui, tenant pour maxime Qu’un seigneur de paroisse est un être sublime, Vous entretient sans cesse avec stupidité De son banc, de ses soins, et de sa dignité :

On n’imagine pas combien il se respecte ;

Ivre de son château, dont il est l’architecte,

De tout ce qu’il a fait sottement entêté,

Possédé du démon de la propriété,

Il réglera pour vous son penchant ou sa haine

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