‹ Œuvres choisies de GressetChapitre 71 sur 94 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

Vous êtes au-dessus de tous les différends :

Vous verrez simplement que c’est quelque nuage ; Cela finit toujours par s’aimer davantage.

Gëronte a sur le cœur nos persécutions Sur un parti qu’en vain vous et moi conseillons. Moi, j’aime fort Valère, et je vois avec peine Qu’il se soit annoncé par donner une scène ;

Mais, soit dit entre nous, peut-on compter sur lui? A bien examiner ce qu’il fait aujourd’hui,

On imaginerait qu’il détruit notre ouvrage,

Qu’il agit sourdement contre son mariage :

Il veut, il ne veut plus ; sait-il ce qu’il lui faut?

Il est près de Chloé, qu’il refusait tantôt.

ARISTE

Tout serait expliqué si l’on cessait de nuire,

Si la méchanceté ne cherchait à détruire...

CLÉON

Oh bon ! Quelle folie ! Etes-vous de ces gens Soupçonneux, ombrageux? croyez-vous aux méchants ?

Et réalisez- vous cet être imaginaire,

Ce petit préjugé qui ne va qu’au vulgaire?

Pour moi, je n’y crois pas ; soit dit sans intérêt, Tout le monde est méchant, et personne ne l’est ; On reçoit et l’on rend : on est à peu près quitte ; Parlez-vous des propos? Comme il n’est ni mérite, Ni goût, ni jugement, qui ne soit contredit,

Que rien n’eât vrai sur rien, qu’importe ce qu’on dit ? Tel sera mon héros, et tel sera le vôtre ;

L’aigle d’une maison n’est qu’un sot dans une autre ; Je dis ici qu’Eraste est un mauvais plaisant ;

LE MÉCHANT

Eh bien! on dit. ailleurs qu’Eraste est amusant.

Si vous parlez des faits et des tracasseries,

Je n’y vois dans le fond que des plaisanteries : Et, si vous attachez du crime à tout cela, Beaucoup d’honnêtes gens sont de ces fripons-là. L’agrément couvre tout, il rend tout légitime ; Aujourd’hui dans le monde on ne connaît qu’un crime,

C’est l’ennui; pour le fuir, tous les moyens sont bons. Il gagnerait bientôt les meilleures maisons Si l’on s’aimait si fort ; l’amusement circule Par les préventions, les tort3, le ridicule ;

Au reste, chacun parle et fait comme il l’entend. Toutestmal, toutest bien, tout le monde est content.

AïtISTE

On n’a rien à répondre à de telles maximes r Tout est indifférent pour les âmes sublimes.

Le plaisir, dites-vous, y gag^ne; en vérité.

Je n’ai vu que l’ennui chez la méchanceté :

Ce jargon éternel de la froide ironie,

L’air de dénigrement, l’aigreur, la jalousie,

Ce ton mystérieux, ces petits mots sans fin, Toujours avec un air qui voudrait être fin -r Ces indiscrétions, ces rapports infidèles,

Ces basses faussetés, ces trahisons cruelles ; Tout cela n’est-il pas, à le bien définir,

L’image de la haine et la mort du plaisir ?

Aussi ne voit-on plus, où sont ces caractères, L’aisance, la franchise et les plaisirs sincères.

On est en garde, on doute enfin si l’on rira : L’esprit qu’on veut avoir gâte celui qu’on a.

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