‹ Œuvres choisies de GressetChapitre 79 sur 94 · FLORISE, ARISTE · texte numérisé non relu

FLORISE, ARISTE

ARISTE

C’est trop vous désoler.

En vérité, madame, il ne vaut pas la peine Du moindre sentiment de colère ou de haine ;

Libre de vos chagrins, partagez seulement Le plaisir que Chloé ressent en ce moment D’avoir pu recouvrer l’amitié de sa mère,

Et de vous voir sensible à l’espoir de Valère. Vous ne m’étonnez point, au reste, et vous deviez Attendre de Cléon tout ce que vous voyez. FLORISE

Qu’on ne m’en parle plus : c’est un fourbe exécrable,

Indigne du nom d’homme, un monstre abominable, Trop tard pour mon malheur je déteste aujourd’hui Le moment où j’ai pu me lier avec lui.

Je suis outrée !

ARISTE

Il faut, sans tarder, sans mystère, Qu’il soit chassé d’ici.

FLORISE

Je ne sais comment faire,

Je le crains ; c’est pour moi le plus grand embarras. ARISTE

Méprisez-le à jamais, vous ne le craindrez pas. Voulez- vous avec lui vous abaisser à feindre? Vous l’honoreriez trop en paraissant le craindre ; Osez l’apprécier : tous ces gens redoutés,

Fameux par les propos et par les faussetés,

Vus de près ne sont rien ; et toute cette espèce N’a de force sur nous que par notre faiblesse : Des femmes sans esprit, sans grâces, sans pudeur, Des hommes décriés, sans talents, sans honneur, Verront donc à jamais leurs noirceurs impunies, Nous tiendront dans la crainte à force d’infamies,

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