ACTE y, SCÈNE IV
Et se feront un nom d’une méchanceté Sans qui l’on n’eût pas su qu’ils avaient existé ! Non ; il faut s’épargner tout égard, toute feinte ; Les braver sans faiblesse, et les nommer sans crainte. Tôt ou tard la vertu, les grâces, les talents,
Sont vainqueurs des jaloux, et vengés des méchants . FLORISE -
Mais songez qu’il peut nuire à toute ma famille, Qu’il va tenir sur moi, sur Géronte et ma fille Les plus affreux discours...
ARISTE
Qu’il parle mal ou bien,
Il est déshonoré, ses discours ne sont rien ;
Il vient de couronner l’histoire de sa vie.
Je vais mettre le comble à son ignominie En écrivant partout les détails odieux De la division qu’il semait en ces lieux.
Autant qu’il faut de soins, d’égards et de prudence Pour ne point accuser l’honneur et l’innocence, Autant il faut d’ardeur, d’inflexibilité Pour déférer un traître à la société ;
Et l’intérêt commun veut qu’on se réunisse Pour flétrir un méchant, pour en faire justice. J’instruirai l’univers de sa mauvaise foi,
Sans me cacher; je veux qu’il sache que c’est moi. Un rapport clandestin n’est pas d’un honnête homme ;
Quand j’accuse quelqu’un, je le dois, et me nomme.
Non ; si vous m’en croyez, laissez-moi tout le soin De l’éloigner de nous, sans éclat, sans témoin.
LE MÉCHANT
Quelque peine que j’aie à soutenir sa vue,
Je veux l’entretenir, et dans cette entrevue Je vais lui faire entendre intelligiblement Qu’il est de trop ici : tout autre arrangement Ne réussirait pas sur l’esprit de mon frère;
Cléon plus que jamais a le don de lui plaire ;
Ils ne se quittent plus, et Géronte prétend Qu’il doit à sa prudence un service important. Enfin, vous le voyez, vous avez eu beau dire Qu’on soupçonnait Cléon d’une affreuse satire, Géronte ne croit rien : nul doute, nul soupçon N’a pu faire sur lui la moindre impression. ..
Mais ils viennent, je crois; sortons, je vais attendre Que Cléon soit tout seul.