‹ Œuvres choisies de GressetChapitre 8 sur 94 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Vous en êtes content ; madame en est éprise.

Je croirais même assez...

Quoi? qu’elle aime Cléon?

LISETTE

C'est vous qui l’avez dit, et c'est avec raison Que je le pense, moi ; j’en ai la preuve sûre.

Si vous me permettez de parler sans figure,

J'ai déjà vu madame avoir quelques amants ;

Elle en a toujours pris l’humeur, les sentiments, Le différent esprit. Tour à tour je l'ai vue Ou folle, ou de bon sens, sauvage ou répandue ; Six mois dans la morale, et six dans les romans, Selon l’amant du jour et la couleur du tempss Ne pensant, ne voulant, n'étant rien d’elle-même, Et n'ayant d'âme enfin que par celui qu'elle aime. Or, comme je la vois, de bonne qu'elle était, N'avoir qu’un ton méchant, ton qu'elle détestait, Je conclus que Cléon est assez bien chez elle. Autre conclusion tout aussi naturelle :

Elle en prendra conseil ; vous en croirez le sien Pour notre mariage, et nous ne tenons rien. GÉRONTE

Ah ! je voudrais le voir ! Corbleu ! tu vas connaître Si je ne suis qu’un sot, ou si je suis le maître. J'en vais dire deux mots à ma très chère sœur,

Et la faire expliquer. J'ai déjà sur le cœur Qu'elle s’est peu prêtée à bien traiter Ariste ;

Tu m'y fais réfléchir : outre un accueil fort triste, Elle m'avait tout l’air de se moquer de lui,

LE MÉCHANT

Et ne lui répondait qu’avec un ton cl’ennui.

Oh! par exemple, ici, tu ne peux pas me dire Que Cléon ait montré le moindre goût de nuire,

Ni de choquer Ariste, ou de contrarier Un projet dont ma sœur paraissait s’ennuyer;

Car il ne disait mot.

LISETTE

Non ; mais, à la sourdine, Quand Ariste parlait, Cléon faisait la mine;

Il animait madame en l’approuvant tout bas :

Son air, des demi-mots que vous n’entendiez pas, Certain ricanement, un silence perfide;

Voilà comme il parlait, et tout cela décide. Vraiment il n'ira pas se montrer tel qu’il est,

Vous présent ; il entend trop bien son intérêt :

Il se sert de Florise, et sait se satisfaire.

Du mal qu’il ne fait point, par le mal qu’il fait faire. Enfin, à me prêcher vous perdez votre temps ;

Je ne l’aimerai pas, j’abhorre les méchants :

Leur esprit me déplaît comme leur caractère,

Et les bons cœurs ont seuls le talent de me plaire. Vous, monsieur, par exemple, à parler sans façon,. Je vous aime; pourquoi? c’est que vous êtes bon. GÉRONTE

Moi ! je ne suis pas bon. Et c’est une sottise Que pour un compliment. . .

LISETTE

Oui, bonté c’est bêtise,.

Selon ce beau docteur ; mais vous en reviendrez. En attendant, en vain vous vous en défendrez :

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