‹ Œuvres choisies de J. DoratChapitre 2 sur 75 · II DORAT · texte numérisé non relu

II DORAT

évoque, en votre cœur ému soudain, les douces heures de la jeunesse ! Combien son clair regard est brillant encore! combien son malicieux sourire est printanier! Elle a éprouvé les enivrantes illusions du matin de la vie, cette adorable femme que vous ne pouvez vous lasser de regarder; elle a espéré, elle a chanté, elle a ri, d'un beau rire argentin [hélas ! elle a pleuré aussi); elle a aimé sans doute, elle a eu des poètes « attachés à son char », et heureux de la célébrer en petits vers harmonieux et légers. Parny, Bonnard et Bertin Vont peut-être connue; peut-être Dorât lui a~t-il offert galamment un exemplaire des Baisers... Eh bien ! puisque, nous ne pouvons faire revivre cette radieuse beauté, naguère admirée et choyée, du moins, il faudrait remettre en lumière les spirituels rondeaux, les stances mélancoliques , les fines épigrammes, les bouquets à Chloris, les sonnets amoureux, les triolets badins, les quatrains improvisés, les chansons un peu lestes, les « plaintives » élégies, les madrigaux parfumés, les familières épîtres, les fraîches odelettes, les ballades originales, qui ravissaient, jadis, la vaporeuse duchesse et la bourgeoise appétissante, et même, à l'occasion. Dieu merci! le duc et le marquis, le grave magistrat et le pimpant abbé de cour, le joyeux clerc railleur et le tabellion obèse du « bon vieux temps ». Ces jolis vers, dits le matin dans les ruelles, répétés la nuit dans les friands soupers, ne méritaient certes pas tous de vivre, —

DORAT m

mais il ai est beaucoup qui n'auraient pas du mourir.

Et quelle charmante anthologie on ferait avec ces pauvres oubliés! Nous n'avons point la prétention, assurément, de les ressusciter tous ; quon nous permette seulement d'effleurer le sujet aujourd'hui , en publiant un choix des poésies de Claude-Joseph Dorât.

Incontestablement j le XVIII^ siècle est le plus riche en versiculets tendres ou gais, ironiques ou galants ; a cette époque, l'esprit courait les ruelles ; à présent on assure qu'il court les rues. Est-ce bien certain ? En tout cas, l'esprit aimable, élégant j n'est plus aussi à la mode qu'au temps jadis. Autrefois, la frivolité gracieuse jouait sans doute un trop grand rôle... Quoi qu'il en soit, les petits vers plaisaient alors ; à faible dose, ils plairont peut-être encore aujourd'hui. Lisez, par exemple, ce madrigal à Délie. N'est-il point délicat et réussi à souhait?

Le joli diable ailé, dont l'homme a fait un dieu,

Lisait un jour ces fantaisies ; En voyant défiler mes Iris, mes Sylvies : « Ces petits vers, dit-il, mourront tous avant peu. » Mais ton portrait le frappe, et son oeil étincelle :

« Bien t'en a pris de peindre cette belle ! »

S'écria-t-il, de plaisir transporté ; Puis il prend le livret, il l'attache à son aile, El les voilà partis pour l'immortalité.

Le chevalier Dorât, qui écrivit cette pièce à propos

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