A M, DE CHAMFORT
Auteur d'un Éloge de La Fontaine.
QUELQUE part que soit le bonhomme.
Dieu le sait, moi je n'en sais rien^ Je siiis sûr qu'il te veut du bien, Et qu'il sourit dès qu'on te nomme.
Le voilà ce cher paresseux.
Si négligé pendant sa vie, Élevant son front radieux Que couronne une académie !
On sait enfin l'apprécier!
Dans son portrait sa grâce éclate.
Et ta louange délicate Rafraîchit encor son laurier.
Tu nous mets dans la confidence De ses pacifiques humeurs, Et nous découvres l'alliance De ses talens avec ses mœurs.
Très finement tu nous exposes Le mystère de ses écrits.
Et les fleurs que tu décomposes Ne perdent point leur coloris.
É P IT R E s II
Tu nous peins sa philosophie Qui fut un instinct précieux; Sa nonchalante bonhomie, Un sens droit caché sous les jeux, Une foule de mots heureux Qui font rire jusqu'à l'envie; Sa piquante naïveté, Et sa simplcssc et sa gaîté, Et la bêtise du génie.
Du fond des immortels réduits, A cette heure il te dit peut-être :
« Ma foi! je ne croyois pas être Si grand homme que je le suis.
Quoi ! là-haut encore on me cite, Moi, très modeste fablier!
Vous venez de m'initier Dans le secret de mon mérite.
Si c'est un piège qu'on me tend, C'est avec plaisir que j'y donne.
Dans ce beau portrait qui m'étonne.
L'esprit se montre à chaque instant; Et je crois. Dieu me le pardonne, Que mes Renards n'en ont pas tant. »
Mais où va ma Muse infidèle Que souvent je suis malgré moi?
Peintre charmant, ce n'est qu'à toi De faire parler ton modèle.