A LA NOUVELLE HÉBÉ
IL est une Hébé douairière, Qui verse à boire dans les cieux, Va promenant, de dieux en dieux, El sa guirlande, et son aiguière.
Et sa jeunesse séculaire.
Moi, je connois Hébé d'Hervieux, Qu'à son ancienne je préfère.
Semblable à la fleur printanière, A l'Amour, quand il a des yeux, Son sourire fait des heureux.
Jugez si son cœur en doit faire.
Paroît-elle, on est amoureux ; On soupire, en attendant mieux :
Elle nous tient par mille nœuds, Et nous enivre sur la terre.
Toi, dont la grâce est le seul fard.
Toi, la seule Hébé que j'adore, Je t'écris ces vers au hasard.
Et j'ai tant pris de ton nectar Que la tête m'en tourne encore.
Joli minois, esprit charmant, Babil qui plaît par sa finesse, Poésies de Dorât. i5
Dans toi, tout séduit, intéresse,
Tout décèle ce sentiment
Qui sert d'excuse à la foiblesse,
Et de nouveau piège à Tamant.
Eh! dis-moi donc ; THébé qu'on cite
A-t-elle ces vives couleurs.
Ce teint qui fait pâlir les fleurs.
Qui les efface ou les imite?
A-t-elle ce port, ce maintien,
Ce front où la gaîté respire ;
Ces beaux yeux qui disent si bien
Ce que ton âme leur fait dire?
Cette taille aux légers contours;
Et ce pied, délicat augure
Qui donne au désir la mesure
Du sanctuaire des amours?
A-t-elle enfin par excellence
Ces mouvemens si déliés,
Ces balancemens variés.
Et mesurés par la cadence;
Ces bras flexibles, cette aisance,
Ces pas avec art mariés,
Et la souplesse de ta danse?
Riante image du printemps, Triomphe; Hébé te rend les armes ; Tu l'emportes par les talens, Et par le nombre de tes charmes, Et par celui de tes amans.
Alcide adora l'immortelle ; Et, si ma mémoire est fidèle, On lit, aux fastes de Paphos, Qu'il fêta tant de fois la belle Que ce fut un de ses travaux.
Je n'ai point d'orgueil ridicule :
Je t'avouerai de bonne foi Que je ne suis point un Hercule... Mais je le deviendrois pour toi.
Il6 ÉPITRES