‹ Œuvres choisies de J. DoratChapitre 57 sur 75 · POUR LE JOUR DE SA FETE · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE SA FETE

TA patronne, en cessant de plaire.

Pleura, nous dit-on, ses péchés; Démêlons ses motifs cachés :

Elle pleura de n'en pouvoir plus faire. De sept démons Jésus la délivra; Le fait est sûr : mais de ces démons-là On n'a point éclairci l'histoire; On n'en voit rien dans saint Grégoire ;

J'ai lu pourtant, si j'ai bonne mémoire, Qu'ils sont depuis entrés à l'Opéra.

Jeune et charmante Madeleine, De sept démons aussi tu suis les douces lois : A leur tête d'abord s'avance Melpomène,

Qui tonne ou gémit par ta voix, Et dépose à tes pieds le sceptre de la scène. Arrive après cet aimable lutin , Ce petit dieu qui fait le diable à quatre, Qui joue entre tes bras, se cache dans ton sein,

Et sous tes lauriers vient s'ébattre.

L'inconstance le suit, des roses à la main; C'est ce démon surtout qu'on préfère à ton âge : Pourquoi non? La beauté doit être un peu volage, Pour l'amour d'elle-même et celui du prochain. Le quatrième est la coquetterie, Non l'art cruel de tourmenter les cœurs. Mais cet heureux secret, cette adroite magie, Qui donne à des refus tout le prix des faveurs. Près d'elle j'aperçois l'ingénieux caprice, Qui veut et ne veut plus, rit et boude à la fois. Fuit, revient, fuit encor, choisit, pleure son choix , Et fait de mille amans le charme et le supplice. Lui-même sur tes pas il conduit le désir; Le caprice l'éteint, c'est lui qui le fait naître; Et, pour fermer la marche, enfin je vois paroître Le démon enchanteur qui préside au plaisir. Dût ta vie éternelle être un peu hasardée,

Ne suis point ta patronne en ses derniers excès ; De tes jolis démons sois toujours possédée; Et puissé-je avoir part aux péchés que tu fais!

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