DORAT IX
C'est, si je veux l'en croire, un heureux petit-maître ; Mais, si j'en crois ses vers, ah ! qu'il est triste d'être Ou sa maîtresse ou son lecteur!
Quelques jours plus tard[le i3 décembre), Dorât répondait, sans amertume et avec esprit ^ persuadé que l'attaque anonyme venait de Voltaire, qui lui savait mauvais gré de l'avoir critiqué [on attribuait aussi à La Harpe les vers dont il s'agit) :
Grâce, grâce, mon cher censeur !
Je m'exécute, et livre à ta main vengeresse Mes vers, ma prose et mon brevet d'auteur. Je puis fort bien vivre heureux sans lecteur ; Mais, par pitié, laisse-moi ma maîtresse. Laisse en paix les amours, épargne au moins les miens ! Je n'ai point, il est vrai, le feu de ta saillie, Tes agréments; mais chacun a les siens.
On peut s'arranger dans la vie :
Si de mes vers Églé s'ennuie, Pour l'amuser je lui lirai les tiens.
Et cette vive riposte valait à Dorât des applaudissements presque unanimes, — tout à fait mérités, on en conviendra !
Lorsque parurent les Baisers, en mai 1770, le terrible baron de Grimm revint à la charge^ avec entrain, c'est-à-dire d'un ton plus mordant que jamais :
« ... M. Dorât vient de nous donner pour notre printemps un ouvrage tout printanier...; vous verrez