‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 109 sur 260 · IPHIGEME · texte numérisé non relu

IPHIGEME

Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle.

Et d'uu père éperdu négligeant les avis,

Vais- je y chercher la mort tant prédite à leur fils?

Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre

Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre?

Kt jamais dans Larisse un lâche ravisseur

Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur ?

Qu'ai-je à me plaindre 1 où sont les pertes que j'ai faites?

Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes;

Pour vous , à qui des Grecs moi seul je ne dois rien ;

Vous, que j'ai fait nommer el leur chef et le mien;

Vous, que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée,

Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ?

Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ' ?

Depuis quand pense-t-on qu'inulile à moi-même

Je me laisse ravir une épouse que j'aime?

Seul d'un honteux affront votre fière blessé

A-t-il droit de venger son amour offensé ?

Votre fille me plut; je prétendis lui plaire;

Elle est de mes serments seule dépositaire ;

Content de son bymen, vaisseaux, armes, soldats.

Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.

Qu'il poursuive, s'il veut, son épouse enlevée.

Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée :

Je ne connais Priam, Hélène, ni Paris ;

Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix.

AtAMEM.NON.

Fuyez donc; retournez dans votre Thessalie -. Moi-même je vous rends le serment qui vous lie.

1 Achille parle de même, au neuvième livre de Vlliade. Virgile , au neuvième livre de V Enéide, fait aussi direà Turnus, au sujet de Lavinie, qu'Énée lui enlève :

Nec folos tangit... Atridas Isle dolor.

2 Nouvelle imitation d'Homère.

ACTK IV. snÈNK VII 197

As^ez d'autres viendront, à mes ordres soumis. Se couvrir des lauriers qui vous furent promis; Et, par d'heureux exploits forçant la destinée, Trouveront d'Ilion la fatale journée.

J'enirevois vos mépris, et juge à vos discours Combien j'achèterais vos superbes secours. De la Grèce déjà vous vous rendez l'arbitre; Ses rois, à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre. Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois,. Doit n^archer, doit fléchir, doit trembler sous vos lois. Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense : Je veux moins de valeur et plus d'obéissance. Fuyez. Je ne crains point votre impuissant courroux; Et je romps tous les nœuds qui m'attachent à vous.

ACHILLE

Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère : D'Iphigénie encor je respecte le père.

Peut-être sans ce nom le chef de tant de rois M'aurait osé braver pour la dernière fois. Je ne dis plus qu'un mot; c'est à vous de m'entendre. J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre : Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer, Voilà par quels chemins vos coups doivent passer.

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