‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 125 sur 260 · ULYSSE, CLYTEMNESTRE, ARCAS, ^GINE, GARDES · texte numérisé non relu

ULYSSE, CLYTEMNESTRE, ARCAS, ^GINE, GARDES

ULYSSE

Non. votre fille vit, et les dieux sont contents. Rassurez-vous : le Ciel a voulu vous la rendre.

CLYTEMNESTRE

Elle vit ! et c'est vous qui venez me l'apprendre !

ULYSSE

Oui, c'est moi, qui longtemps contre elle et contre vous

1 Et l'événement l'est aussi jusqu'à la dernière extrémité. Jamais on n'a porté plus loin ces alternatives de crainte et d'espérance qui soutiennent la machine du drame et l'attention du spectateur. (L.)

î C'est Euripide quia fourni à Racine ce beau trait d'Agamemnon, qui se voile le visage. i.K. M.)

212 IPHIGÉNIE

Ai cru devoir, Madame, affermir voire époux; Moi qui, jaloux tantôt de l'honneur de nos armes, Par d'austères conseils ai fait couler vos larmes; lit qui viens, puisqu'enfin le Ciel est apaisé, Réparer tout l'ennui que je vous ai causé.

CLVTJiMNESTRE.

Ma fille ! Ah ! prince ! 0 Ciel 1 Je demeure éperdue. Quel miracle, seigneur, quel dieu me l'a rendue?

ULYSSE

Vous m'en voyez vous-même, eu cet heureux moment , Saisi d'horreur, de joie et de ravissement.

Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce. Déjà de tout le camp la discorde maîtresse Avait sur tous les yeux mis son handeau fatal. Et donné du combat le funeste signal.

De ce spectacle affreux votre fille alarmée Voyait pour elle Achille, et contre elle l'armée : Mais, quoique seul pour elle, Achille furieux Épouvantait l'armée et partageait les dieux '. Déjà de traits en l'air s'élevait un nuage ; Déjà coulait le sang, prémices du carnage : Entre les deux partis Calchas s'est avancé. L'œil farouche, l'air sombre, et le poil hérissé % Terrible, et plein du dieu qui l'agitait sans doute : « Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu'on m'écoute. « Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix « M'explique son oracle , et m'instruit de son choix. « Un autre sang d'Hélène, une autre ïphigénie « Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie. « Thésée avec Hélène uni secrètement

1 Voilà le dernier coup de pinceau qui achève ce beau tableau de l'Achille frunçais, modelé sur l'Achille grec. Homère et Corneille n'ont rien de plus grand que ces trois vers pour la pensée et l'expression. (L.)

2 Sans la réunion de ces traits, l'œil farouche, l'œil sombre, et ce mot pittoresque, hérisse', qui finit le vers, le mot poU, désagréable en vers, n'aurait pu passer; il passe ici comme faisant partie d'un tableau d'effroi. (L.)

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