LA PIÉTÉ
Du séjour bienheureux de la Divinité Je descends dans ce lieu * par la grâce habité : L'innocence s'y plaît, ma compagne étemelle, Et n'a point sons les cieux d'asile plus fidèle. Ici, loin du tumulte, aux devoirs les plus saints Tout un peuple naissant est formé par mes mains Je nourris dans son cœur la semence féconde Des vertus dont il doit sanctifier le monde ^
1 Tous les rôles de cette pièce étaient distribués aux demoiselles de Saint-Cyr, lorsque la jeune M"« de Caylus, qui avait été élevée dans cette maison et n'en était sortie que depuis peu de temps, témoigna une grande envie de faire quelque personnage, ce qui engagea l'auteur à faire pour elle ce prologue, tres-heureusement imaginé. Il ne ressemble point à ces prologues d'Euripide où tout ce qui doit arriver dans la pièce est froidement annoncé : c'est un cadre où Kacine a su renfermer les plus magnifiques éloges du roi, de M™' de M;iinienoii et de la communauté de Saint-Cyr. (L. Racine.)
- La maison de Saint-Cyr.
s On sanctifie par et non pas de ou avec quelque chose; l'usage le veut ainsi. Cependant Vaugelas remarque que le mot dont a une extension si arbitraire, qu'il pourrait bien, dans ces vers, signifier par lesquelles , aussi bien qu'avec lesquelles. (G.;
-22i PROLOGUE
Un roi qui me protège, un roi victorieux, A commis à mes soins un dépôt précieux. C'est lui qui rassembla ces colombes timides, Éparses en cent lieux , sans secours et sans guides : Pour elles, à sa porte, élevant ce palais. Il leur y fit trouver l'abondance et la paix.
Grand Dieu, que cet ouvrage ait place en la mémoire ! Que tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris î Tu m'écoutes : ma voix ne t'est point étrangère; Je suis la Piété, cette fille si chère, Qui t'offre de ce roi les plus tendres soupirs : Du fèu de ton amour j'allume ses désirs. Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore La chaleur se répand du couchant à l'aurore ' : Tu le vois tous les jours devant toi prosterné, Humilier :ce front de splendeur couronné. Et , confondant l'orgueil par d'augustes exemples , Baiser avec respect le pavé de tes temples. De ta gloire animé, lui seul de tant de rois S'arme pour ta querelle, et combat pour tes droits. Le perfide intérêt, l'aveugle jalousie , S'unissent contre toi pour l'affreuse hérésie; La discorde en fureur frémit de toutes parts; Tout semble abandonner tes sacrés étendards;
1 II s'agit ici des missions étrangères et des travaux apostoliques dans l'Orient et dans le nouveau monde, que Louis XIV encourageait par ses bienfaits. (G.)