‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 136 sur 260 · ACTE I, SOKXK · texte numérisé non relu

ACTE I, SOKXK

Quelque nouvel objet qui l'en pût détacher. De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent : Les filles de l'Egypte à Suse comparurent; Celles même du Partheetdu Scythe indompté' Y briguèrent le sceptre offert à la beauté. On m'élevait alors, solitaire et cachée, Sous les yeux vigilants du sage Mardochée* : Tu sais combien je dois à ses heureux secours. La mort m'avait ravi les auteurs de mes jours; Mais lui, voyant en moi la fille de son frère . Me tint lieu, chère Élise, et de père et de mère. Du triste état des Juifs jour et nuit agité, Il me tira du sein de mon obscurité; Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance. Il me fit d'un empire accepter l'espérance '. A ses desseins secrets, tremblante, j'obéis; Je vins : mais je cachai ma race et mon pays *. Qui pourrait cependant t'exprimer les cabales Que formait en ces lieux ce peuple de rivales. Qui toutes, disputant un si grand intérêt, Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt ? Chacune avait sa brigue et de puissants suffragi^s » : L'une d'un sang fameux vantait les avantages ; L'autre, pour se parer de superbes atours, Des plus adroites mains empruntait le secours ' :

1 Les Parihei étaient une colonie de Scythes qui s'étaient séparés du reste de la nation , et c'est pour cela qu'on leur donne le nom de Parihe» , (jui signifie hnnnit. (G.)

î Voyez le livre d'Eslher, ch. ii. v. o et 7.

» Ibid., ch. II, V. 8.

* Ibid , ch 11. V. 10.

s Idée empruntée de Tacite. (Ann. XII.) Racine en a déjà fait usage dans Britfinnicii», acte IV, se. 11. [L. B.)

« Quel coloris et quel intérêt dans le tableau que trace Esther, d après l'Écriture, de ce concours des plus belles femmes de r.\sie , parmi lesquelles Assuérus devait choisir une épouse : (L.';

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Et moi. pour toute brigue et pour tout artifice, De mes larmes au Ciel j'offrais le sacrifice. Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus '. Devant ce fier monarque, Élise, je parus. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes '; 11 fait que tout prospère aux âmes innocentes, Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé. De mes faibles attraits le roi parut frappé ' : H m'observa longtemps dans un sombre silence : Et le Ciel, qui pour moi fit pencher la balance, Dans ce temps-là sans doute agissait sur son cœur. Enfin, avec des yeux où régnait la douceur : Soyez, reine, dit-il; et dès ce moment même De sa ma'n sur mon front posa son diadème *. Pour mieux faire éclater sa joie et son amour, 11 combla de présents tous les grands de sa cour ; Et même ses bienfaits, dans toutes ses provinces, Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes '. Hélas ! durant ces jours de joie et de festins. Quelle était en secret ma honte et mes chagrin->« ! Esther, disais-je, Esther dans la pourpre est assise , La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs ! Sion, repaire aff'reux de reptiles impurs. Voit de son temple saint les pierres dispersées, Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées !

1 Voyez le livre d'Esther, ch. ii, v. 15.

ï (1 Le cœur du roi est dans la main du SeiKneur, comme une eau courante ; il le fait tourner de quelque côté qu'il veut. »(/'rou., ch. xxi, v. 1.)

3 Cette p;été qui rapporte toutà la protection divine est conforme aux mœurs , et cette modestie d Esther contraste bien avec l'ambition de ses rivales. (L.}

* Il faudrait pour l'exaftitude, il pimi. (G.) — Voyez Esther. ch. ii, v. 17.

3 l'ei/p'e étant im nom collectif, on peut dire leum princes. Il paraît cependant tiu'il sera;t plus naturel de dire letn prime. 'L. Racine.) — Voyez Enihfr. ch. ii, V. 13.

* Tout le monde supplée l'ellipse ; et quels éiaitnt mt» chngTim. Ce tour plus vil \aut mieux en poésie que l'affectation d'une régularité très-inutile. (L.)

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