ACTE 1, SCÈNE
ÉLISE
N'avez-vous point au roi confié vos ennuis?
ESTUER.
Le roi jusqu'à ce jour ignore qui je suis ' .
Celui par qui le Ciel règle ma destinée
Sur ce secret encor lient ma langue enchaînée '.
ÉLISE
Wardochée ? Hé ! peut-il approcher de ces lieux ?
ESTllER.
Son amitié pour moi le rend ingénieux.
Absent, je le consulte; et ses réponses sages
Pour venir jusqu'à moi trouvent mille passages.
Un père a moins de soin du salut de son fils.
Déjà même, déjà, par ses secrets avis,
J'ai découvert au roi les sanglantes pratiques
Que formaient contre lui deux ingrats domestiques ».
Cependant mon amour pour notre nation A rempli ce palais de filles de Sion, Jeunes et tendres tleurs, par le sort agitées, Sous un ciel étranger comme moi transplantées. Dans un lieu séparé de profanes témoins*, Je mets à les former mon étude et mes soins; Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème, Lasse de vains honneurs et me cherchant moi-même, .\ux pieds de l'Éternel je viens m'humilier, Et goûter le plaisir de me faire oublier «.
< C'était par une inspiration divine (|ue Mardochée lui avait défendu de sr faire connaUre. (G.)
» Voyez Eathfr, ch. ii, v. 20.
3 Ibid., ch. Il, V. 21 et 22. — Le mot domuiique a changé de sens : du temps de Racine, il pouvait s'appliquer même aux grands. On comprenait sous le nom de iometiiq'tes . le secrétaire d'un grand seigneur, son intendant , et même l'aumônier de sa maison. (\. Martin.)
^ On ne dit orduiairement séparé de .. (|ue •^les personnes; c'est une élégance poétique de le dire d'un lieu. (L.)
s Ce trait admirable de la modestie d Esther s'appliquait a M"" de Maintenon , qui venait > Saint-Cyr oublier \ pr\:\x et le? pr.indeurs de la mur T<.)
i>32 ESTHER
Mais à tous les Persans je cache leurs familles. Il faut les appeler. Venez, venez, mes filles, Compagnes autrefois de ma captivité, De l'antique Jacob jeune postérité ^